Mon mois avec la Wooting 60HE v2
Je traîne avec les claviers Wooting depuis le tout premier Wooting One. J’ai usé un 60HE, je joue au quotidien sur un 80HE, et à chaque nouveau modèle je me dis “ok, là ils ont atteint leur plafond”. La Wooting 60HE v2 m’a prouvé que non. Après un bon mois posé dessus, que ce soit pour écrire toute la journée ou pour grinder des FPS le soir, c’est clairement le clavier le plus abouti que la marque ait sorti.
À la base, je ne suis pas fan des layouts 60%. J’aime bien avoir au moins mes flèches dédiées et quelques touches de navigation, surtout quand j’écris 7-8 heures par jour. Donc j’ai lancé ce test un peu méfiant. Et puis j’ai monté le clavier, ouvert Wootility, réglé deux‑trois profils… et j’ai commencé à oublier mes gros claviers bien confortables. C’est là que j’ai compris que la 60HE v2 n’est pas juste une révision cosmétique : c’est la première Wooting qui peut vraiment rivaliser avec des customs très haut de gamme, sans perdre son ADN de bête de compétition.
Ce qu’il faut retenir vite fait
- Format 60% ultra compact, avec option barre espace split et touche supplémentaire programmable.
- Nouveaux switches Lekker Tikken : son plus sourd, frappe plus profonde et quasi pas de wobble.
- Construction premium : boîtier aluminium, plaque FR4, mousse Poron, sensation très “custom”.
- Wootility toujours au top : actuation réglable par touche (0,1 à 4 mm), Rapid Trigger, profils, macros, RGB.
- Fonctions avancées : entrée analogique, Mod Tap, Dynamic Keystroke, 8 kHz polling (Tachyon Mode).
- Un vrai plaisir à taper : probablement le meilleur feeling de frappe que j’aie eu sur un clavier gaming.
- Deux bémols : un léger “ping” occasionnel sur les grandes touches, et un tarif clairement premium.
Montage, format 60% et cette fameuse barre espace split
J’ai reçu la 60HE v2 en kit : Module (la carte + la plaque FR4 et les switches), boîtier alu noir, mousse, keycaps PBT… Mon côté nerd de custom keyboard était ravi. Tout est en push‑fit : on pose la mousse dans le boîtier, on clipse le Module, on enfonce les switches, on termine avec les keycaps. Honnêtement, en dix minutes chrono c’était plié, c’est probablement l’expérience DIY la plus simple que j’aie eue sur un clavier.
Pour l’insonorisation du fond de boîtier, Wooting propose un bloc silicone, une mousse EPDM, ou… rien du tout si vous aimez les claviers bien bruyants. J’ai testé les trois et j’ai vite gardé le silicone : le son est plus mat, plus contrôlé, sans étouffer complètement le “thock”. Sans mousse, le clavier se transforme en machine à faire lever les yeux au ciel dans l’open space, donc à réserver aux sessions solo à la maison.
Le vrai choix cornélien, par contre, c’est la barre espace split. Sur un 60%, l’espace prend une place énorme. Avec l’option split, Wooting la découpe en trois : une touche de gauche, une de droite, et une touche centrale supplémentaire complètement programmable. J’utilise des barres splits surtout sur des claviers ergo, donc j’étais curieux de voir ce que ça donne sur un layout “classique” : j’ai coché l’option pour le test… et je ne reviendrai plus en arrière.
En mode “boulot”, j’ai vite réalisé que je tape toujours espace avec le pouce droit. Du coup j’ai laissé la partie droite en espace, et j’ai transformé la partie gauche en Delete. Sur un 60%, le Delete dédié disparaît, c’est normalement Fn + Backspace. Là, je gagne une frappe à chaque fois, et quand on écrit beaucoup, on le sent. La touche centrale, je l’ai laissée en Fn pour accéder aux flèches et aux couches secondaires avec juste la main gauche. Le 60% devient soudainement beaucoup moins frustrant.
Évidemment, si vous vous en fichez, vous pouvez aussi garder un espace plein format et ignorer tout ça. Mais franchement, ce “3‑en‑1” est une des raisons pour lesquelles je trouve cette 60HE v2 utilisable au quotidien, là où la plupart des 60% finissent dans un tiroir chez moi.
Sensations de frappe : les nouveaux Lekker Tikken font la différence
La première heure dessus, je n’ai presque pas lancé de jeu : je me suis contenté de taper. Des mails, des scripts, ce test. Et la 60HE v2 m’a bluffé. Wooting décrit les nouveaux switches Lekker Tikken comme une “alternative un peu plus sourde, plus profonde que les switches Hall effect actuels”. C’est exactement ça : le son est plus grave, moins “plastique” que sur mon ancien 60HE, et surtout il y a beaucoup moins de wobble sur les keycaps.
Sur le 60HE de 2022, les switches Lekker L60 étaient déjà un gros progrès, mais en y revenant après quelques jours sur la v2, je les trouve presque brinquebalants. Ici, les touches restent bien droites, la descente est lisse, la remontée nette, sans cliquetis parasites. Le combo boîtier aluminium + plaque FR4 + mousse Poron donne cette rigidité qu’on retrouve sur des customs à plusieurs centaines d’euros.
Niveau dureté, on est sur quelque chose de très équilibré : assez de résistance pour ne pas activer tout en frôlant la touche, mais pas non plus un truc qui fatigue les doigts après une journée entière. En PBT, le son est hyper satisfaisant, un bon “thock” feutré. En ABS (j’ai essayé un set d’un autre clavier), ça claque un peu plus, mais la base reste saine.
Tout n’est pas parfait : j’ai un léger ping métallique qui apparaît parfois sur les grandes touches, surtout la partie droite de l’espace. Ce n’est pas constant, et ce n’est pas au niveau des pires plate‑ping des claviers bas de gamme, mais dans un environnement aussi maîtrisé, ça se remarque. En jeu, on n’y pense plus. En rédaction silencieuse avec un casque ouvert, on le capte de temps en temps.

Malgré ça, la 60HE v2 est clairement montée dans mon trio de claviers préférés pour taper, aux côtés de mon ROG Azoth Extreme et d’un Keychron Q3 Max bien moddé. Pour une marque connue d’abord pour la perf en jeu, c’est assez fort.
Wootility : le véritable super‑pouvoir de la 60HE v2
Sur le bureau, la différence entre un bon clavier Hall effect et un excellent clavier Hall effect, c’est souvent le logiciel. Et là, Wootility met une claque à pas mal de concurrents. J’ai récemment testé un clavier magnétique Cherry avec le logiciel MagCrate : puissant, mais lourdingue et pas intuitif. Wootility, à l’inverse, est limpide.
Dès le premier branchement en USB‑C, le logiciel m’a proposé une mise à jour firmware, puis j’ai atterri sur l’interface de mapping. Par touche, on peut régler l’actuation de 0,1 mm à ~4 mm, par pas de 0,1 mm. Pour mon profil “boulot”, j’ai mis la plupart des touches à 1,6 mm : assez bas pour rester réactif, mais pas trop pour limiter les fautes. Sur le profil “FPS”, j’abaisse WASD, espace et quelques touches de capacités à 0,4-0,5 mm pour que tout parte instantanément.
Le fameux Rapid Trigger (ré‑activation sans relever complètement la touche) s’active en un clic. Une fois réglé, c’est l’exemple typique de fonction “set and forget” : on ne pense plus jamais au paramètre, on profite juste de la sensation de contrôle quand on spamme une touche. La bascule de profils se fait aussi très simplement : chez moi, Fn + O pour le profil écriture, Fn + P pour le profil jeu. On peut en empiler autant qu’on veut, y compris des presets fournis par Wooting pour la conduite ou le mouvement analogique.
Et ce n’est que la surface. Wootility donne accès à tout un bazar de fonctions avancées :
- Mod Tap : une action sur pression courte, une autre sur pression longue (parfait pour transformer Caps Lock en Ctrl tout en gardant Caps sur un maintien).
- Dynamic Keystroke : jusqu’à quatre actions différentes selon la profondeur d’enfoncement de la touche.
- Snappy Tappy (SOCD) et Rappy Snappy : gestion avancée des appuis simultanés (utile pour le tech sur certains jeux de combat, mais à manier avec précaution).
- Entrée analogique : mape une touche ou un groupe de touches sur un axe de manette.
Petit avertissement au passage : certains modes SOCD comme Snappy Tappy peuvent être considérés comme de la triche dans des jeux compétitifs type CS2. Il vaut mieux créer un profil dédié pour ça et ne pas le laisser actif partout, histoire d’éviter une mauvaise surprise côté bannissement.
Côté RGB, c’est sobre mais efficace : la plaque FR4 blanche diffuse bien la lumière, sans hotspots dégueu ni LED visibles en direct. Perso je finis toujours par baisser la luminosité ou désactiver l’éclairage en mode tryhard, mais pour ceux qui aiment les néons, ça fait le taf et c’est entièrement pilotable depuis Wootility.
En jeu : Rapid Trigger, A/D spam et Tachyon Mode
Je suis passé par mon trio habituel pour tester un clavier “compétitif” : quelques soirées sur Valorant, des parties classées sur CS2, et un peu d’Arc Raiders / Deadlock pour voir ce que ça donne sur du mouvement plus chaotique. La sensation qui ressort, c’est que tout semble immédiat sans jamais devenir incontrôlable.

Sur Valorant, j’ai descendu l’actuation de WASD à 0,4 mm, activé Rapid Trigger et laissé le reste des touches autour de 1 mm. Résultat : les strafe peeks sont hyper nets, les micro‑ajustements de position se font sans la moindre latence. À tel point que j’ai dû remonter légèrement l’actuation de A et D, parce que j’ai tendance à poser un peu lourdement mes doigts sur ces touches en attente. À 0,1 mm, le personnage partait en crabe au moindre frôlement.
La 60HE v2 propose aussi un mode 8 kHz polling, baptisé Tachyon Mode. En gros, le micro‑contrôleur du clavier envoie son état 8 000 fois par seconde au PC au lieu des 1 000 Hz classiques. Dans la pratique, honnêtement, la différence est très subtile. J’ai joué en 1 kHz toute une soirée, puis activé Tachyon Mode (qui coupe au passage une bonne partie du RGB) : je n’ai pas soudainement gagné deux rangs, mais la sensation de réactivité est tellement déjà bonne de base que ça devient presque théorique.
Ce que j’ai surtout apprécié, c’est la cohérence : pas de touches au comportement bizarre, pas de double input fantôme, pas de ratés de frappe même en spammant comme un porc sur les binds de capacités. Wooting a suffisamment de bouteille sur ses claviers Hall effect pour que tout soit maîtrisé, et ça se sent.
L’analogique au clavier : presque génial, souvent gadget
Comme tous les claviers Hall effect, la 60HE v2 peut mesurer en continu la position d’une touche, pas juste “appuyée / pas appuyée”. Sur le papier, c’est parfait pour du mouvement analogique façon joystick : appui léger = marche, appui profond = sprint.
J’ai re‑testé ça sur quelques jeux compatibles manette : Cyberpunk 2077, un peu de Forza Horizon, et même Destiny 2. En effet, quand c’est bien mappé, on peut marcher doucement en appuyant à moitié sur W, tourner plus ou moins vite avec A et D, etc. C’est cool pour explorer tranquillement Night City au clavier sans sortir la manette.
Mais au bout de quelques jours, je reviens toujours à un mapping classique. Le cerveau est tellement habitué à “touche = on/off” que doser finement la profondeur d’appui devient plus fatigant qu’autre chose. L’analogique a son intérêt dans certains jeux précis, ou pour des configs très spécialisées, mais pour mon usage quotidien de joueur PC, ça reste plus un bonus sympa qu’un argument d’achat principal.
Construction et boîtiers : du tout‑venant au délire OwLab
De base, la Wooting 60HE v2 existe en deux grandes saveurs : boîtier ABS noir plus abordable, ou aluminium (noir ou argent) plus premium. J’ai testé la version alu noire, et la différence avec le vieux 60HE en plastique est nette : plus de flex, plus de bruit creux, le clavier semble taillé dans un bloc.
Si vous aimez pousser le délire, Wooting propose aussi des boîtiers tiers : un Alumaze60, une version “Optimum” (le YouTuber), et surtout un modèle OwLab avec un système de suspension réglable entre sensation “bouncy” ou rigide. C’est magnifique, c’est aussi environ 350 £ juste pour le boîtier, soit plus cher que la 60HE v2 complète. Clairement destiné aux malades du custom qui veulent un chassis de collection autour du Module Wooting.
Bonne nouvelle, cependant : le Module est au format 60% standard. Donc si vous avez déjà un boîtier de ce format ou que vous en trouvez un sympa chez un fabricant tiers, vous pouvez l’y glisser relativement facilement. C’est malin : Wooting ne vous enferme pas dans son écosystème, mais offre quand même des options officielles bien finies pour ceux qui ne veulent pas se prendre la tête.

Prix et concurrence : Wooting joue désormais dans la cour des grands
On ne va pas tourner autour du pot : la Wooting 60HE v2 n’est pas donnée. La version pré‑assemblée avec boîtier aluminium est annoncée à environ 240 $. Avec boîtier ABS, on descend à 180 $. Juste le Module seul (sans switches, boîtier, keycaps) tourne autour de 140 $.
En face, on trouve des claviers Hall effect costauds comme le Keychron Q5 HE (~230 $), l’Asus ROG Azoth 96 HE vendu à des tarifs stratosphériques selon les configs, ou un NZXT Function Elite autour des 190 $. Plus bas dans la gamme, un NuPhy Air60 HE plastique tourne autour des 110 $ et offre déjà Rapid Trigger et co pour bien moins cher. Même côté magnétiques concurrents (chez Cherry par exemple), on trouve aujourd’hui des options performantes, parfois hot‑swap, mais avec des softs beaucoup moins inspirés.
Et c’est là le point clé : si vous voulez juste “tester le Hall effect pour le Rapid Trigger”, il existe des options nettement moins chères qui feront le boulot. Là où la Wooting 60HE v2 se justifie, c’est si vous cherchez le combo complet : sensations de frappe, finition, logiciel hyper accessible, et fonctionnalités avancées vraiment exploitables au quotidien.
À noter aussi que dans la gamme Wooting elle‑même, la 60HE+ reste dispo autour de 155 $, et le 80HE commence à 200 $ (mais grimpe à 300 $ si vous voulez boîtier zinc + Lekker Tikken pour un ressenti proche de la v2). Clairement, avec cette 60HE v2, Wooting assume d’être passé du côté “premium” du marché.
À qui je conseille (ou pas) la Wooting 60HE v2
- À prendre absolument si…
- Vous êtes sérieux en compétition (FPS, MOBA, etc.) et vous voulez un clavier qui suit chaque micro‑mouvement sans broncher.
- Vous cherchez un 60% qui reste vivable au quotidien, grâce à Wootility et à la barre espace split qui rattrape beaucoup de manques.
- Vous aimez autant taper que jouer : la sensation de frappe est vraiment au niveau de claviers mécaniques custom bien plus chers.
- À éviter si…
- Vous voulez juste découvrir le Hall effect et le Rapid Trigger sans casser la tirelire : un modèle plus abordable (NuPhy, NZXT, anciens Wooting…) sera suffisant.
- Le format 60% vous angoisse et vous ne voulez pas entendre parler de couches Fn et de reprogrammation de touches.
- Vous n’utilisez jamais de logiciel de configuration et vous ne comptez pas toucher aux profils : une bonne mécanique classique fera très bien l’affaire.
Verdict final : une Wooting enfin vraiment premium
Après un mois complet dessus, en alternant journées d’écriture et soirées à envoyer des têtes, la conclusion est simple : la Wooting 60HE v2 est le clavier le plus abouti que la marque ait sorti. J’avais déjà dit quelque chose de similaire pour chaque nouveau modèle, mais cette fois, il y a un vrai gap sur la qualité perçue et le confort de frappe.
Le combo nouveaux switches Lekker Tikken + boîtier alu + mousse bien dosée fait passer le clavier d’outil purement compétitif à objet vraiment agréable au quotidien. Wootility reste ce qui se fait de mieux en logiciel de clavier gaming : puissant, clair, et suffisamment simple pour que je prenne réellement le temps de créer et d’utiliser plusieurs profils, ce que je ne fais presque jamais sur les claviers d’autres marques.
Tout n’est pas parfait : ce petit ping occasionnel rappelle qu’on n’est pas sur un custom de maniaque entièrement tuné à la main, et le prix va faire tousser plus d’un joueur. Mais si vous êtes prêt à investir dans un seul clavier qui sait tout faire – jouer très sérieusement, taper avec plaisir, et s’adapter à des usages très différents – la 60HE v2 est, à mes yeux, la référence Hall effect 60% du moment.
Note finale : 9/10 – Un clavier Hall effect 60% quasi irréprochable, enfin digne des meilleurs customs, avec un logiciel qui donne vraiment envie d’explorer toutes ses possibilités. Dommage que le ticket d’entrée soit aussi élevé.
TL;DR
- Meilleur clavier Wooting à ce jour, autant pour jouer que pour taper.
- Nouveaux switches Lekker Tikken : son plus profond, moins de wobble, sensation de frappe excellente.
- Format 60% rendu viable par la barre espace split et un remapping ultra simple dans Wootility.
- Actuation réglable par touche, Rapid Trigger, 8 kHz polling, fonctions analogiques et macros avancées.
- Construction très solide en boîtier alu, mais léger ping sur certaines grandes touches.
- Prix élevé : on paie clairement la finition et le logiciel, pas seulement la techno Hall effect.
- Parfait si vous voulez un clavier compact et réellement premium ; inutilement cher si vous voulez juste tester le Hall effect basique.

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