Test de Planet of Lana 2 – Un puzzle‑voyage émouvant qui réussit son « deuxième album »

Retour sur Novo : comment Planet of Lana 2 m’a fait oublier la peur du « deuxième album »

Je vais être honnête : en lançant Planet of Lana 2, j’avais la trouille du fameux « syndrome du deuxième album ». Le premier faisait partie de ces petits jeux “Game Pass du dimanche soir” que j’adore : court, beau, sensible, avec des énigmes jamais frustrantes. J’avais peur que la suite force trop le trait, complexifie tout pour « faire plus gros » et perde ce côté chaleureux.

Après quelques heures passées sur Novo, manette Xbox en main, les épaules collées au dossier et le casque vissé sur les oreilles, j’ai fini par arrêter de prendre des notes et juste… me laisser porter. Planet of Lana 2 ne cherche pas à tout chambouler : il épaissit son monde, étoffe ses mécaniques et peaufine tout ce qui fonctionnait déjà. Et surtout, il reste étonnamment accueillant, même si vous avez zappé le premier épisode.

Pas besoin d’avoir fait le 1 : un début ultra lisible malgré la langue alien

Je me suis volontairement mis dans la peau de quelqu’un qui n’aurait pas touché au premier jeu depuis longtemps : pas de relecture de résumé, pas de vidéo “l’histoire expliquée”. Et ce qui m’inquiétait le plus, c’était ce choix de narration en langage inventé, sans sous-titres, sans texte explicatif.

Au bout de dix minutes, toutes ces inquiétudes avaient disparu. Les premières scènes sont d’une clarté désarmante. Même si les personnages parlent dans une langue extraterrestre, tout passe par l’intonation, les gestes, les regards, la mise en scène. Il y a une vraie maîtrise “à la Pixar” du langage corporel : tu comprends qui est inquiet, qui ment, qui essaie de rassurer, sans qu’aucun mot ne soit compréhensible.

Plus important encore : la relation entre Lana et Mui, le petit compagnon félin/alien, est instantanément lisible. Au bout de deux scènes, c’était redevenu “mon” duo, alors que j’avais largement oublié les détails de la fin du premier jeu. Le jeu part du principe que tu connais vaguement leur lien… mais il le reconstruit sous tes yeux, par des micro-animations, des câlins, un cri paniqué quand l’un tombe dans un piège.

Pour les nouveaux venus, ça marche aussi. L’invasion de machines et les événements du 1 sont évoqués, mais ce second épisode fonctionne très bien comme une nouvelle aventure sur une planète qui se remet d’un trauma. Tu connais assez vite l’essentiel : ces deux-là ont vécu l’enfer ensemble, et ils s’apprêtent à comprendre pourquoi.

Un puzzle‑platformer plus riche, sans devenir une usine à gaz

Manette en main, Planet of Lana 2 reste ce qu’il doit être : un jeu de plateforme cinématique avec des énigmes centrées sur l’observation et la coopération entre Lana, Mui et l’environnement. On est dans la même famille qu’Inside ou Somerville, mais avec un ton plus doux et moins misanthrope.

La grosse différence par rapport au premier, je l’ai sentie vers ma deuxième session de jeu : les puzzles ne sont plus juste des “écrans” à résoudre les uns après les autres. Ils deviennent plus souvent des petites scènes à plusieurs temps, où il faut planifier la position de Lana, ce que Mui va faire, et parfois même comment des machines ou des créatures vont réagir à tes actions.

Un exemple qui m’a marqué : une séquence où il faut traverser une sorte de complexe de recherche abandonné, protégé par des tourelles lasers. D’abord, j’ai tenté le pur timing à la bourrin, en me planquant derrière des caisses. Échec total, Lana grillée net, et Mui qui pousse son petit cri déchirant (je ne m’y habituerai jamais). Au second essai, j’ai remarqué qu’un robot patrouilleur réagissait aux bruits de pas, et qu’il y avait des consoles que Lana pouvait pirater. En combinant Mui qui attire le robot, Lana qui prend le contrôle de la machine, puis la déplace pour servir de bouclier mobile, la zone se transforme d’un couloir mortel en vrai terrain de jeu.

C’est là que la suite brille : les nouvelles capacités – contrôle de certains robots, “possession” de créatures par Mui, hack de petits terminaux – ne complexifient pas seulement la liste des boutons, elles enrichissent la façon dont tu lis chaque décor. Tu entres dans une nouvelle zone et, très vite, ton cerveau passe en mode : “Ok, qu’est-ce que je peux activer ? qu’est-ce que Mui peut influencer ? qu’est-ce qui va réagir à la lumière ou au son ?”.

Le rythme de progression des règles est franchement bien dosé. Les premières heures reforgent les bases (déplacements, commandes à Mui, gestion des menaces simples), puis chaque nouveau chapitre ajoute une petite couche : robots pilotables, séquences sous-marines, créatures hypnotisables, combinaisons de leviers à distance, etc. Je n’ai jamais eu le sentiment qu’on me balançait trois nouvelles mécaniques d’un coup.

Niveau difficulté, on est toujours dans ce sweet spot idéal : je me suis retrouvé bloqué quelques minutes de temps en temps, mais jamais au point d’aller chercher une solution sur Internet. Les morts sont fréquentes – les araignées mécaniques restent aussi stressantes que dans le 1 – mais les checkpoints sont tellement généreux que tu peux expérimenter sans pression. Souvent, à chaque essai, tu grattes un micro-bout de progression en plus, juste assez pour avoir envie de relancer.

Screenshot from Planet of Lana II: Children of the Leaf
Screenshot from Planet of Lana II: Children of the Leaf

Tout n’est pas parfait : j’ai eu quelques moments où la physique m’a fait lever les yeux au ciel, notamment quand Lana se coincait sur un rebord ou qu’un saut semblait un peu “flottant”. Rien de bloquant, mais sur deux ou trois énigmes basées sur le timing, j’ai eu l’impression de lutter contre l’imprécision plus que contre le puzzle lui-même.

Lana et Mui version 2.0 : un duo plus agile, plus complice

Ce qui m’a vraiment accroché sur la durée, c’est la manière dont Planet of Lana 2 fait évoluer ton rapport à Mui. Dans le premier, c’était surtout un compagnon qu’on guidait, parfois gadget, parfois crucial. Ici, on est beaucoup plus dans une coopération à égalité.

Lana, déjà, est clairement plus agile. Sans tomber dans le plateformer exigeant, on sent qu’elle a gagné en assurance : elle grimpe plus vite, nage mieux, se faufile dans des conduits, exécute des petites roulades d’esquive qui donnent un peu de nerf à certaines séquences. L’un de mes passages préférés est une fuite dans une forêt inondée : tu alternes entre la nage, des sauts de tronc en tronc, et des ordres à Mui pour déranger des créatures aquatiques au bon moment. C’est fluide, lisible et ça te donne l’impression de jouer une vraie héroïne, pas juste un pion fragile.

Mui, lui, devient carrément un outil de puzzle à part entière. Le jeu introduit assez tôt sa capacité à “prendre le contrôle” de certaines entités – des robots, des petites bêtes lumineuses – et c’est le genre d’idée qui aurait pu être pénible à utiliser, mais qui est heureusement hyper simple côté commandes. Un bouton pour basculer la vue sur ce que Mui contrôle, un autre pour déclencher une action. C’est tout.

La magie vient de la manière dont le level design intègre ça. Un passage m’a particulièrement marqué : un canyon gardé par une énorme sentinelle mécanique, avec des faisceaux de projecteurs qui balayent l’écran. En possédant tour à tour un oiseau alien pour détourner l’attention, puis un drone de maintenance pour désactiver une tourelle, j’ai eu ce moment très “aha” où tout le puzzle s’imbrique d’un coup. Tu ne fais pas que résoudre une énigme abstraite, tu racontes une petite histoire de ruse et d’infiltration.

Et puis il y a l’émotion pure. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai lâché un “oh non…” à voix haute quand je ratais un saut et que j’entendais Mui hurler le nom de Lana dans sa langue bizarre. À force, ça finit presque par te faire jouer mieux, juste pour ne pas avoir à subir ce cri de détresse. On s’attache à ces deux-là plus par les sons et les gestes que par n’importe quel dialogue écrit, et ça, ce n’est pas si courant.

Un livre d’images vivant : direction artistique et bande-son en état de grâce

Visuellement, Planet of Lana 2 fait partie de ces jeux qui peuvent te vendre une console à eux seuls si tu les lances sur un grand écran. Le style “peinture animée” du premier revient, mais tout semble plus nuancé, plus ample. Les arrière-plans gagnent en profondeur, les jeux de lumière font vraiment ressortir le contraste entre la nature luxuriante de Novo et les cicatrices laissées par les machines.

Il y a ce moment, assez tôt, où le jeu te fait traverser une vallée au coucher du soleil. Concrètement, il ne se passe pas grand-chose : tu marches, Mui trottine, quelques créatures s’enfuient au loin. Mais la caméra recule progressivement, révélant une ville en ruine envahie par la végétation, des carcasses de robots mi-enfouies dans le sol, et des nuages de poussière qui prennent la lumière. Tu sens très bien que les développeurs te prennent par la main pour te dire : “Regarde. On sait que tu veux juste rester là cinq minutes.” et franchement, j’ai obéi.

Screenshot from Planet of Lana II: Children of the Leaf
Screenshot from Planet of Lana II: Children of the Leaf

Les environnements sont suffisamment variés pour que la rétine ne s’ennuie jamais : forêts moussues, rivages métalliques, intérieurs de vaisseaux avec une mise en scène très SF, zones sous-marines à la palette plus froide… Tout s’enchaîne sans rupture brutale, avec des transitions souvent intégrées dans le gameplay (un glissement de terrain devient un toboggan, une tempête de sable t’oblige à chercher un abri qui sert d’intro à la zone suivante).

Côté musique, c’est le genre de bande-son que tu as envie d’écouter en bossant derrière. L’orchestration reste discrète pendant les sections d’exploration, avec beaucoup de cordes et de piano, puis se fait ample et presque héroïque lors de certains moments clés. Une séquence de poursuite, en particulier, m’a collé des frissons : les percussions qui montent en puissance, le thème principal qui surgit pile au moment où tu penses être foutu… On est dans du pur cinéma interactif, sans les QTE lourdingues qui vont d’habitude avec.

Là encore, le langage inventé joue en sa faveur. Les voix se simplifient en instruments supplémentaires : des exclamations, des chuchotements, des chants rituels parfois, qui se glissent naturellement dans la musique. Le tout donne une identité sonore très forte, reconnaissable dès les premières notes.

Une narration muette qui laisse (volontairement) des zones d’ombre

Sur l’histoire pure, Planet of Lana 2 fait le choix de continuer dans le “montrer plutôt qu’expliquer”. On explore davantage la mythologie de Novo, on entrevoit des éléments de culte, de ville lointaine resplendissante, des échos de civilisations passées… mais très peu de choses sont explicitement posées noir sur blanc – forcément, vu qu’il n’y a pas de noir sur blanc.

Personnellement, ça m’a plutôt plu. J’aime bien quand un jeu accepte que tu n’aies pas toutes les réponses, surtout dans un univers SF/alien. Les fresques murales, les rituels étranges, les ruines qui laissent deviner un conflit bien plus ancien, tout ça alimente l’imaginaire sans en faire des caisses. On sent clairement que les fans du premier auront quelques révélations, certaines pièces du puzzle se mettent en place, mais ça ne vire jamais à la leçon d’histoire intergalactique.

Par contre, si vous êtes du genre à vouloir tout comprendre, tout référencer dans un codex, vous risquez de rester un peu sur votre faim. Certains fils narratifs – notamment autour d’un groupe de fanatiques et de cette fameuse cité lumineuse aperçue au loin – donnent parfois l’impression d’être plus des symboles que des éléments complètement développés. Ça ne m’a pas gâché l’expérience, mais j’ai eu ce petit goût de « j’en aurais bien pris un chapitre de plus » en voyant défiler les crédits.

Accessibilité et rythme : un jeu qui pense vraiment au joueur

Sur la question de l’accessibilité, Planet of Lana 2 m’a agréablement surpris par des choses très simples, mais terriblement efficaces. D’abord, la façon dont la caméra accompagne chaque énigme : elle se recule juste assez pour que tu voies tous les éléments utiles, elle se déplace légèrement pour te suggérer “regarde plutôt là-bas”, sans flèche clignotante ni surlignage flashy. Pour prendre un exemple : quand une solution implique un rocher un peu planqué, la caméra se mettra presque toujours à hauteur de ce rocher à un moment. C’est subtil, mais on le ressent.

Les points de respawn, eux, sont placés de manière quasi idéale. Mort au milieu d’un puzzle en trois étapes ? Tu ne recommences pas au début de la zone, mais à la dernière étape réellement réussie. Raté un saut après cinq minutes de mise en place ? La partie comprend que tu as compris le puzzle, et t’évite la corvée de tout refaire. Ce respect du temps du joueur fait toute la différence pour garder l’envie de tenter encore “une dernière fois”.

En termes de commandes, c’est d’une simplicité bienvenue : peu de boutons, des schémas classiques (saut, interaction, ordre à Mui, capacité spéciale) et une bonne tolérance sur la fenêtre temporelle pour les actions un peu tendues. Même les personnes peu habituées aux jeux de plateforme devraient s’y retrouver après quelques minutes d’adaptation.

Le rythme global m’a plutôt convaincu. L’aventure se boucle en quelques soirées, sans ventre mou. Il y a bien deux ou trois séquences où les mécaniques se répètent un peu trop à mon goût – notamment dans une section industrielle avec beaucoup de caisses à déplacer et de lasers à éviter – mais le jeu a l’intelligence de ne jamais rester trop longtemps dans un même registre. Dès que tu commences à soupirer, une nouvelle idée de mise en scène, une créature inédite ou un décor surprenant vient relancer la machine.

Screenshot from Planet of Lana II: Children of the Leaf
Screenshot from Planet of Lana II: Children of the Leaf

Technique : propre, fluide, avec quelques couacs de cheminement

J’ai joué sur PC, en 1440p, avec une manette Xbox Series et un framerate verrouillé à 60 images par seconde. Dans ces conditions, Planet of Lana 2 tourne comme un charme. Les temps de chargement sont très courts, les transitions entre gameplay et cinématiques sont fluides, et je n’ai rencontré aucun crash ni bug bloquant pendant ma partie.

Les seuls accrocs techniques notables sont du côté de l’animation et du pathfinding de Mui. Il lui est arrivé deux ou trois fois de rester coincé sur une petite aspérité du décor ou de refuser d’effectuer une action pourtant “logique” (sauter sur une plateforme proche, par exemple). Un simple retour au checkpoint corrigeait le tir, mais sur un jeu où l’on s’appuie autant sur la précision des déplacements du compagnon, ça surprend toujours un peu.

Rien qui ne casse l’immersion, cela dit, surtout au vu de la qualité générale des animations. Les micro-hésitations de Lana avant un saut un peu haut, la manière dont Mui se plaque contre elle quand quelque chose les effraie, tout ça donne une texture très organique à un jeu pourtant en 2D. C’est ce souci du détail qui fait que, même après deux ou trois bugs de collision, tu restes dans l’histoire.

Pour qui est Planet of Lana 2 ?

Si vous avez aimé le premier, la réponse est facile : foncez. Ce deuxième épisode réussit vraiment ce que j’attends d’une suite “modeste” : plus de variété, plus de maîtrise, plus de confiance, sans perdre l’âme du jeu d’origine. Les énigmes gagnent en ampleur, la relation Lana/Mui prend encore plus de relief, et le monde de Novo donne enfin l’impression d’être un endroit réel, avec une histoire et des peuples qui lui appartiennent.

Si vous découvrez la série avec celui-ci, ça marche aussi. Vous raterez quelques clins d’œil, quelques échos émotionnels aux événements du 1, mais rien qui empêche d’apprécier le voyage. C’est même, paradoxalement, un excellent point d’entrée dans le puzzle‑platformer narratif si vous avez toujours été intimidé par le genre.

En revanche, si vous cherchez de la plateforme ultra précise, du challenge à la Celeste ou un scénario bavard avec des choix de dialogue en pagaille, vous risquez de rester sur le côté. Planet of Lana 2 est un jeu contemplatif, assez dirigiste, qui mise sur la mise en scène et l’émotion plus que sur la rejouabilité ou l’optimisation.

Verdict : un deuxième voyage maîtrisé, émouvant, et étonnamment accueillant

En refermant Planet of Lana 2, je me suis rendu compte que j’avais complètement oublié ma peur du “deuxième album raté” quelque part en route. La suite ne révolutionne rien, elle ne cherche pas à tout casser pour prouver qu’elle mérite d’exister. Elle prend ce qui fonctionnait, l’étire dans toutes les directions intéressantes, pose quelques nouvelles questions sur son monde, et surtout, respecte ton temps comme ton intelligence.

Oui, certaines idées de lore auraient mérité d’être davantage creusées. Oui, il reste quelques accrocs de physique et des passages d’énigmes un peu plus mécaniques. Mais face à la qualité du voyage, à la beauté des tableaux traversés, à la sincérité de la relation entre Lana et Mui, c’est le genre de défauts qu’on accepte avec un demi-sourire.

Note FinalBoss : 8,5 / 10 – Un deuxième opus qui grandit avec justesse, conserve son cœur et ouvre la porte à encore plus de belles choses sur Novo.

TL;DR – Planet of Lana 2 en bref

  • Une suite réussie qui approfondit le monde et les mécaniques sans perdre l’accessibilité du premier.
  • Puzzles bien pensés, souvent multi‑étapes, basés sur l’observation et la coopération avec Mui, rarement frustrants grâce aux checkpoints généreux.
  • Relation Lana/Mui renforcée : nouvelles capacités, plus de moments de complicité et une vraie émotion à chaque échec.
  • Direction artistique somptueuse avec un style peint à la main, des panoramas à couper le souffle et une mise en scène très cinématographique.
  • Bande-son orchestrale expressive, parfaitement intégrée au langage alien et aux moments forts de l’aventure.
  • Narration minimaliste qui laisse volontairement des zones d’ombre : parfait si vous aimez interpréter, frustrant si vous voulez tout comprendre.
  • Technique solide dans l’ensemble, malgré quelques petits soucis de collisions et de pathfinding pour Mui.
  • Recommandé aux fans d’Inside, Somerville, Gris et à tous ceux qui veulent une aventure émotive et abordable plus qu’un défi hardcore.

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