Pourquoi la mauvaise musique de jeu me hante encore
Je suis obsédé par la musique de jeux vidéo. Pas juste en mode “oh oui, ce thème est sympa” : j’achète des vinyles de OST, je bosse avec des playlists de boss fights en boucle, et j’ai toujours le thème de Shenmue qui traîne quelque part dans un coin de ma tête depuis la Dreamcast. La musique, pour moi, c’est ce qui transforme un bon jeu en souvenir gravé dans le cerveau.
J’ai pleuré sur des cordes de JRPG, transpiré sur des thèmes de versus fighting, frissonné dans des manoirs infestés de zombies. Et justement parce que j’aime tellement ça, il y a un truc qui m’énerve au plus haut point : quand une piste est tellement ratée qu’elle brise tout ce que le jeu essaie de construire. Pas juste “meh”, pas juste oubliable. Je parle de ces morceaux tellement mauvais qu’ils deviennent une blague de communauté, des memes à part entière.
Le pire ? C’est que ces horreurs musicales restent souvent plus longtemps dans ma mémoire que certaines des meilleures OST. Des années après, j’entends trois secondes d’un morceau comme ça et j’ai l’impression qu’on m’enfonce un tournevis dans l’oreille interne. Et oui, Resident Evil: Director’s Cut – DualShock Edition, je parle de toi.
Resident Evil DualShock : le sous-sol le plus traumatisant… pour mes oreilles
Je me souviens encore de ma première run sérieuse de Resident Evil sur PS1. À l’époque, j’étais surtout là pour les jumpscares, les portes qui grincent et cette ambiance de série B qui ne se prend pas tout à fait au sérieux. Musicalement, c’était pas du niveau d’un Silent Hill ultra-mélodique, mais ça faisait le taf : violons stridents, nappes sombres, bruitages chelous. L’OST originale du sous-sol du manoir ? Pas un chef-d’œuvre, mais ça collait à l’ambiance : inquiétant, un peu kitsch, mais jamais ridicule.
Et puis un jour, j’ai lancé la fameuse version Director’s Cut – DualShock Edition. Même jeu, même manoir… et d’un coup, j’arrive dans le sous-sol. Là, au lieu d’être tendu, je suis saisi par une autre émotion : la honte intergalactique pour les gens qui ont validé ça. On dirait qu’on a enfermé un clown triste avec un synthé pour enfant, et qu’on lui a dit “vas-y, fais de l’horreur”.
C’est littéralement l’équivalent sonore de la première fois où une classe de CM2 met les mains sur des claviers Casio et spamme tous les presets de trompettes déglinguées. Tu as cette impression de deux idées musicales écrasées l’une contre l’autre, aucune cohérence, des cuivres numériques déprimés qui tournent en boucle, des dissonances qui n’évoquent pas la peur mais juste une catastrophe de montage. C’est cirque zombie, pas survival horror.
Ce qui me rend dingue, c’est que ce n’est même pas “drôle mauvais” sur le moment. Sur YouTube, dans les fameuses brackets de “pires musiques de jeux vidéo”, c’est hilarant. Mais manette en main ? Tu sens l’immersion s’effondrer en temps réel. Tu n’es plus dans un manoir infesté de créatures en décomposition, tu es dans un mauvais sketch avec des zombies jongleurs.
Et Capcom, là-dedans ? Silence radio. Pas de vrai mea culpa public, pas d’explication officielle claire. Le morceau est devenu un mème depuis des années, régulièrement en finale des tournois communautaires du “pire thème de tous les temps”, et tout le monde fait comme si ce n’était qu’un accident de parcours amusant. Perso, je trouve ça un peu facile. Quand tu touches à un classique comme Resident Evil, tu ne peux pas balancer une telle agression sensorielle et juste espérer que ça passe pour de “l’expérimental”.
Tekken 8 : quand le Colosseum me hurle dessus
Je suis aussi un malade de jeux de baston. J’ai poncé Tekken 3 sur PS1 jusqu’à flinguer les boutons de ma manette, j’ai passé des nuits entières sur Tekken 7 en training pour gratter trois frames de mieux sur mes whiff punish. Et un truc que j’adore dans Tekken, c’est cette évolution des OST : de la techno crade des années 90 aux gros bangers électroniques modernes taillés pour l’e-sport.
Sauf que dans Tekken 8, il y a un morceau qui me sort par les yeux (et les oreilles) à chaque fois : le thème du Colosseum. Le stage est stylé, l’idée est bonne, mais cette piste… c’est comme si quelqu’un avait coché toutes les cases “tendance” sans se demander si ça servait le combat. Grosse prod, drop agressif, et soudain ce passage Vocaloid qui débarque au milieu, en mode diva numérique qui hurle pour détruire mes ennemis.
Le problème n’est même pas le fait d’utiliser une voix synthétique – j’aime bien les morceaux Vocaloid en général. Là, c’est juste mal intégré. Tu es concentré sur ton neutral, tu observes la range des coups adverses, et bam : voix suraiguë autotunée qui bondit par-dessus le reste, comme si quelqu’un avait appuyé sur “karaoké catastrophe” au milieu du match. Sur casque, le mixage te perce littéralement le crâne.

C’est typiquement le genre de track que j’entends et où je me dis : “ok, là vous avez oublié que la musique est censée soutenir le gameplay, pas se mettre en compétition avec lui”. Dans un jeu de baston, le thème doit t’exciter, te pousser à rentrer dedans, mais aussi rester lisible et rythmique, calé sur le flow du match. Là, ça ressemble à un concours de surenchère sonore, avec ce moment où la voix tapisse l’espace sans raison, comme si la chanson elle-même essayait de te mettre au sol.
Résultat : ce stage, je le ban en lobby perso. Pas parce qu’il est moche, pas pour une histoire de taille ou de murs, mais juste parce que je refuse d’infliger ça à mes oreilles pendant des sets entiers. Quand tu commences à adapter ta rotation de stages uniquement pour fuir une musique, c’est qu’il y a un problème.
Mauvaise musique : hier, contraintes techniques ; aujourd’hui, excuses bidon
Honnêtement, j’ai beaucoup de tolérance pour les accidents sonores de l’ère 8-bit et 16-bit. Les compositeurs se battaient avec des puces sonores limitées, des canaux minuscules, des samples dégueulasses. Quand tu écoutes une horreur comme le thème de Crazy Bus, ce vieux homebrew infâme, tu sens qu’on est à la frontière entre bug sonore et “expérimentation naïve”. C’est atroce, mais presque attendrissant.
Pareil pour certains morceaux de l’époque GBA ou DS : la piste “Nocturne” de Sonic Chronicles, par exemple, qui revient tout le temps dans les tournois des pires OST. On dirait un MP3 compressé six fois, réimporté sur un synthé mourant. C’est objectivement ignoble, mais il y a ce côté “on faisait ce qu’on pouvait avec trois bouts de ficelle”. Tu sens la limitation du hardware autant que la maladresse artistique.
Aujourd’hui, ce genre d’excuse ne tient plus. On parle de studios qui peuvent s’offrir des orchestres entiers, des sound designers ultra-calibrés, des outils qui permettent de tester le rendu en temps réel sur chaque séquence de jeu. Quand un AAA sort une piste qui sonne comme des cris incompréhensibles et une agression sensorielle, ce n’est pas une contrainte technique, c’est un mauvais choix, validé par toute une chaîne de décision.
Et c’est là que ça me chauffe : quand on te vend une “vision artistique”, alors que ce que tu entends, c’est juste un morceau mal pensé pour le contexte. Je peux accepter une dissonance volontaire, un thème inconfortable pour un boss malsain, un truc qui te met physiquement mal à l’aise si ça sert la scène. Mais il y a une différence énorme entre “je veux te déranger” et “je ne sais pas ce que je fais”.
Ces morceaux tellement mauvais qu’ils en deviennent cultes
Si vous traînez un peu sur YouTube, vous avez sûrement déjà vu ces brackets communautaires du style “
Worst Video Game Songs Tournament
”. Coney en fait depuis des années : les gens soumettent leurs pires souvenirs musicaux, la communauté vote, et on finit avec une sorte de Coupe du Monde de la honte sonore. C’est cruel, mais fascinant, parce que les mêmes suspects reviennent encore et encore.
Le sous-sol de Resident Evil: Director’s Cut – DualShock Edition est presque toujours en haut du tableau, évidemment. Mais à ses côtés, tu retrouves souvent :

- le thème de titre de Crazy Bus, qui ressemble à un bug de carte son coincé en enfer ;
- la fameuse piste de chocobos dans Final Fantasy X-2, un mélange forcé de pop sucrée et de bruitages débiles – littéralement deux idées musicales écrasées l’une contre l’autre ;
- Locked dans Ace Combat 3D, qui te donne l’impression d’être coincé dans un ascenseur EDM en feu ;
- et bien sûr, certains morceaux regrettables de RPG portables, compressés jusqu’à devenir des huiles essentielles de migraine.
Ce qui est dingue, c’est à quel point ces musiques deviennent cultes à cause de leur nullité. On les écoute entre potes pour se faire mal, on les glisse dans des playlists “anti-chill”, on se marre à les voir progresser dans les brackets. Elles deviennent un langage commun : quand quelqu’un décrit une track comme “niveau Resident Evil DC basement”, tout le monde comprend immédiatement le niveau de catastrophe.
Mais il y a aussi des cas plus ambigus. Des morceaux de Dark Souls 3 par exemple, ou des mashups expérimentaux, que certains trouvent insupportables, et que d’autres défendent bec et ongles parce qu’ils s’accordent, selon eux, à l’ambiance ou au lore. Et là, ça devient intéressant : la frontière entre “mauvais” et “dérangeant mais pertinent” est beaucoup plus floue qu’on le croit.
Perso, j’ai un faible pour quelques horreurs qui, sorties de leur contexte, sont presque écoutables. Un thème de boss atrocement mixé qui, en version isolée, finit par devenir un plaisir coupable. Une chanson avec des paroles d’une niaiserie absolue – du style “tu me manques” répété en boucle sur un beat boiteux – qui reste dans la tête comme un mauvais jingle. On ne va pas se mentir : parfois, le cringe, ça a du charme.
Quand une mauvaise piste casse net l’immersion
Là où je deviens vraiment intransigeant, c’est quand la musique sabote ce que le jeu essaie de faire vivre au joueur. Le sous-sol de Resident Evil, encore lui, est l’exemple parfait : tu explores un endroit qui devrait te mettre mal à l’aise, t’opprimer, et au lieu de ça, tu as l’impression qu’un orchestre de kazoos fantômes est en train de répéter pour un spectacle scolaire.
J’ai eu le même genre de dissonance dans certains FPS modernes. Tu te retrouves dans une scène censée être dramatique, limite intimiste, et derrière tu as une grosse prod épique à la EA/DICE qui en fait trois tonnes, comme si tout devait être un trailer de lancement. À l’opposé, tu as des maps multijoueurs ultra-nerveuses où la musique se contente d’un pad mou sans rythme, totalement déconnecté du tempo du match.
Parfois, c’est encore plus grossier : un morceau sous licence balancé sans réfléchir. Une chanson pop bien trop connue qui débarque au mauvais moment et te rappelle d’un coup le monde réel, la radio, TikTok, tout sauf l’univers du jeu. Immersion détruite en trois secondes. Tu n’es plus un survivant au bout du rouleau ou un as du pilotage : tu es juste quelqu’un qui reconnaît le refrain et l’associe à un clip YouTube.
Et quand ça arrive, ça ne me donne pas juste envie de baisser le son. Ça me donne l’impression que les devs ont considéré la musique comme un simple habillage, un skin sonore interchangeables. Alors que, pour moi, une bonne OST, c’est de la mise en scène pure. C’est ce qui donne du poids à un coup fatal, de la gravité à un game over, de la personnalité à un niveau.
Est-ce que le but, parfois, n’est pas justement de déranger ?
Je vois déjà l’argument inverse : “mais si, c’est voulu, c’est censé être désagréable, c’est l’art”. Et parfois, c’est vrai. Certains compositeurs jouent volontairement avec la dissonance, le bruit, les ruptures de rythme, pour te mettre mal à l’aise. Dans un jeu d’horreur psychologique, un morceau qui semble “erroné” peut te faire sentir que quelque chose cloche, que le décor cache une fissure.
Le problème, c’est qu’on dégaine souvent cette justification à posteriori pour excuser des pistes qui, objectivement, ne servent ni la scène, ni le gameplay. Quand tu as l’impression d’écouter une track faite en cinq minutes sur un synthé moisi, ou un collage maladroit de samples random, il faut arrêter de se cacher derrière la “vision”. Tout n’est pas expérimental, parfois c’est juste raté.

Et franchement, si l’intention de Resident Evil DualShock était vraiment “on veut te sortir de l’expérience en te faisant croire que tu es dans un cirque hanté”, alors là, bravo, mission accomplie. Mais vu le manque total de cohérence avec le reste de la bande-son, j’y crois moyen.
Les studios se taisent, alors entre joueurs, on fait les archives
Ce qui est amusant – ou déprimant, selon l’humeur – c’est la manière dont les éditeurs gèrent ces ratés. Capcom ne commente jamais vraiment le sous-sol maudit. D’autres studios laissent traîner des expérimentations douteuses sans un mot, comme si de rien n’était. Et puis, dix ou vingt ans plus tard, c’est nous, la communauté, qui faisons le boulot de mémoire : playlists, brackets, compilations “top 50 des pires musiques”.
En parallèle, on voit des séries entières qui galèrent à se trouver une vraie identité musicale. Resident Evil est souvent pointé du doigt là-dessus : ambiance solide, sound design monstrueusement efficace, mais pas de thème mondialement iconique que tu peux fredonner en trois notes, contrairement à un Zelda ou un Final Fantasy. Du coup, les rares fois où la licence devient célèbre pour une musique, c’est… pour le pire thème de sous-sol de l’histoire. Ironique.
Heureusement, cette mémoire collective ne sert pas qu’à se moquer. Elle permet aussi de mettre en lumière ce qui fonctionne. Quand tu compares les catastrophes sonores des brackets aux pistes qui reviennent régulièrement dans les “Best OST of All Time”, tu vois très vite ce qui fait la différence : un vrai sens du contexte, des mélodies mémorables sans être intrusives, une production qui n’essaie pas d’écraser le reste du jeu.
Conclusion : je n’excuserai plus jamais une OST bâclée
Je joue depuis assez longtemps pour avoir entendu passer toutes les époques : les bips agressifs des consoles 8-bit, les CD audio PlayStation, les ambiances ultra-cinématographiques d’aujourd’hui. Je sais ce que c’est qu’une OST qui sauve un jeu moyen, et je sais aussi ce que c’est qu’une piste qui flingue une scène parfaite.
Résultat, je suis devenu exigeant – peut-être trop, mais tant pis. Un jeu qui colle une musique atroce sur une zone clé, je ne pardonne plus. Dans un versus comme Tekken 8, je mute le stage ou je le ban. Dans un survival horror, si une piste me sort complètement de l’ambiance, ça va peser fort quand je parle du jeu derrière. Quand on est capable de produire des bandes-son sublimes, il n’y a aucune raison d’accepter un sous-sol de manoir en mode clown triste sur Casio.
Je veux des jeux qui respectent mes oreilles autant que mes yeux et mes neurones. Je veux des devs qui comprennent que la musique n’est pas juste un fond sonore interchangeable, mais un pilier de l’expérience. Et si, de temps en temps, on doit passer par quelques désastres musicaux pour se rappeler à quel point une bonne OST est essentielle, très bien. Mais qu’on les garde dans les brackets YouTube, pas dans les versions “améliorées” de nos classiques.
Parce qu’au final, la différence entre un moment culte et un moment gênant tient souvent à un détail : quelques notes de trop, une voix mal placée, un mixage douteux. Et quand ce détail est suffisamment nul pour qu’on en parle encore vingt ans plus tard, c’est qu’il y avait mieux à faire. Alors oui, j’aime rire des pires musiques de jeux, mais j’aimerais surtout que, dans les nouvelles sorties, on ait de moins en moins matière à alimenter ces tournois de la honte.

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