Dark Souls 3 n’est pas le meilleur Souls… mais c’est celui qui me hante encore 10 ans après

Dark Souls 3 n’est pas mon Souls préféré. Et pourtant, c’est celui que je relance le plus.

Je vais poser ça tout de suite sur la table: mon cœur appartient toujours à Dark Souls 2. Oui, le vilain petit canard, le mème permanent, le punching-ball de la fanbase. J’adore ses idées bancales, ses zones mal foutues, son ambiance totalement déprimée. Mais depuis dix ans, le disque qui finit le plus souvent dans ma console, c’est Dark Souls 3. Pas le premier, pas le réputé « plus pur », pas le plus audacieux. Non. Le troisième, celui que beaucoup ont réduit à un « best of FromSoftware ». Et c’est là qu’on commence à se mentir collectivement.

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Je joue aux Souls depuis Demon’s Souls sur PS3, à l’époque où tout le monde me regardait bizarrement quand je disais que « mourir en boucle, c’est génial ». J’ai poncé les trois Dark Souls, Bloodborne, Sekiro, Elden Ring, fait des runs no shield, des builds absurdes, du PvP jusqu’à plus soif. Et plus les années passent, plus je me rends compte d’une chose simple: si j’ai envie d’un run plaisir, d’un jeu qui va me résister mais sans me casser les nerfs, je lance Dark Souls 3.

On fête ses 10 ans en 2026 (sorti en mars 2016, plus de 10 millions de copies écoulées depuis), et le jeu a à peine pris une ride. Dans un paysage saturé de « soulslike » plus ou moins inspirés, Dark Souls 3 reste cette lame parfaitement affûtée, sans gras inutile. Et franchement, ça mérite qu’on le dise haut et fort: ce n’est peut-être pas le Souls le plus important… mais c’est probablement le plus rejouable.

Un combat taillé au scalpel: le point culminant du « Soulsborne classique »

Je viens des jeux de baston. Street, Guilty Gear, Tekken: compter les frames, sentir le timing, punir au pixel près, c’est mon langage maternel. Et c’est précisément pour ça que Dark Souls 3 me parle autant. Niveau feeling pur de la manette, c’est le sommet de la trilogie.

Dark Souls 1 a la lourdeur délicieuse du médiéval crasseux, Dark Souls 2 expérimente avec les iframes et les builds chelous, mais Dark Souls 3 trouve ce sweet spot improbable entre nervosité et pondération. Le perso réagit vite, les roulades sont franches mais pas absurdes, le tracking des attaques est enfin cohérent la majorité du temps, et surtout le jeu tient une chose que beaucoup de soulslike ratent: le langage visuel des ennemis.

Après des centaines d’heures, je peux encore revenir sur Dark Souls 3, créer un nouveau perso, et me remettre à « lire » les animations comme dans un bon jeu de baston. Pontiff Sulyvahn, par exemple, est quasiment un boss de versus: mix-ups, feintes, double menaces, clone qui te force à respecter l’espace. Ce combat-là, même après l’avoir gagné des dizaines de fois, me met toujours en alerte maximale. Il a la précision d’un duel dans un fighter, mais avec la mise en scène délirante d’un boss From.

Souvent, quand je relance Dark Souls 1, j’ai ce moment de choque: « Ah oui, c’était aussi rigide que ça… ». Sur Dark Souls 3, ce choc n’existe pas. Je peux passer d’Elden Ring à Lothric sans me dire que je joue à un vestige PS3. L’animation, l’inertie, la sensation d’impact: tout tient encore la route en 2026. Oui, Sekiro et Elden Ring ont raffiné d’autres aspects du combat, mais pour le format « build libre + roulade + gestion d’endurance », Dark Souls 3 est pour moi la version définitive.

Un bestiaire de boss qui met la honte à 90 % de l’industrie

On ne va pas tourner autour du pot: si on se souvient de Dark Souls 3, c’est aussi parce que les boss frappent fort, visuellement et mécaniquement. Et là encore, c’est le jeu de la trilogie que je prends le plus de plaisir à refaire.

Le combat contre les Abyss Watchers, la première fois que je l’ai fait, m’a collé une baffe émotionnelle que je n’attendais plus d’un Souls. Ce ballet tragique de guerriers qui s’entretuent dans un sol jonché de cadavres, la musique qui part en vrille dès que le chef se relève, l’idée de combattre une « légion » concentrée dans un seul corps… C’est du game design, mais c’est aussi de la mise en scène pure. Tu comprends qui ils sont par la chorégraphie, pas par un pavé de lore.

Les Twin Princes, c’est pareil. Comme boss, ils m’ont rendu dingue avec leurs téléportations et leur second phase hyper agressive. Mais ce moment où Lorian rampe, brisé, et où Lothric le ramène à la vie encore et encore, ça raconte la tragédie familiale mieux que bien des cinématiques AAA. Et chaque fois que j’y retourne, je sens ce mix de frustration mécanique et de respect total pour la composition du combat.

Screenshot from Dark Souls III: The Convergence
Screenshot from Dark Souls III: The Convergence

Sister Friede ? J’y ai laissé des soirées entières. Trois phases, une lisibilité parfois limite, une exigence de placements millimétrés. Sur le coup, j’avais envie de balancer la manette. Avec le recul, c’est typiquement le genre de boss qui montre à quel point From maîtrisait déjà son langage à cette époque. Idem pour la Danseuse de la Vallée Boréale: première rencontre, tu te dis que c’est injuste; dixième run, tu réalises que c’est un pur test de rythme et de sang-froid, presque un pattern musical.

Est-ce qu’il y a des ratés ? Bien sûr. Crystal Sage est un boss de couloir paresseux, les Diacres des Profondeurs sont plus un concept qu’une vraie menace, et certains combats recyclent un peu trop les idées des précédents jeux. Mais soyons sérieux: quand tu aligne Pontiff, Nameless King, Gael, Friede, Abyss Watchers, Dancer, Twin Princes, Dragonslayer Armour… le ratio est indécent. Dix ans après, la majorité des AAA sont incapables de sortir ne serait-ce qu’un boss aussi mémorable que le pire combat « moyen » de Dark Souls 3.

Lothric, ou comment faire du linéaire qui donne quand même envie d’explorer

On va être clairs: niveau pure cohérence du monde, Dark Souls 1 reste imbattable. Lordran est une masterclass de level design imbriqué, et rien dans Dark Souls 3 ne donne ce sentiment d’interlocking parfait façon « ah putain, je suis revenu là où j’étais il y a 10 heures ». Lothric, c’est plus un collier de zones reliées par des transitions parfois tirées par les cheveux, justifiées par le fameux « le temps et l’espace se mélangent à la fin du monde ».

Et pourtant, à l’échelle locale, zone par zone, c’est peut-être le Souls le plus solide, sans la cassure de rythme brutale d’un Lost Izalith ou d’un Black Gulch. Le Mur de Lothric te balance immédiatement l’ambiance: ciel malade, chevaliers démolis mais encore dangereux, dragons calcinés figés dans des poses grotesques. Tu fais trois mètres et tu as déjà compris: ce monde est littéralement en train de s’effondrer sur lui-même.

La Cathédrale des Profondeurs, c’est du trolling From pur jus: architecture labyrinthique, escaliers qui se répondent, toits traîtres, géants planqués dans la boue, pieux et projectiles dans tous les sens. C’est un parc d’attractions sadique, mais ultra lisible passé la première sidération. Farron Keep, lui, joue sur la désorientation pure: poison, brume, repères visuels rares. Quand tu finis par éteindre les dernières flammes, le sentiment de victoire est total, non pas parce que les ennemis étaient redoutables, mais parce que le lieu lui-même t’agressait.

Et puis il y a Irithyll. Je me souviens encore du frisson la première fois que j’ai franchi ce pont et vu la ville illuminée, suspendue dans une nuit éternelle. C’est gagné d’avance, tu tombes amoureux. Le retour à Anor Londo ensuite, entre fan-service assumé et vraie mélancolie, fonctionne précisément parce que Dark Souls 3 assume d’être le chant du cygne de la trilogie. Le Grand Archives, avec sa verticalité délirante, ses enchaînements intérieur/extérieur, est peut-être l’une des zones les plus intelligemment architecturées que From ait jamais faites.

Oui, le monde est plus linéaire. Oui, la géographie globale est parfois bancale. Mais le pacing est d’une précision chirurgicale. Tu alternes zones ouvertes, couloirs oppressants, mini-donjons denses, segments de pur spectacle. J’ai rarement l’impression de « stagner » dans Dark Souls 3, alors que sur Dark Souls 1 ou 2, il y a des pans entiers que je redoute de refaire.

Screenshot from Dark Souls III: The Convergence
Screenshot from Dark Souls III: The Convergence

Les DLC: quand From pousse le curseur du désespoir encore plus loin

Si je continue de relancer Dark Souls 3, c’est aussi parce que ses deux DLC, Ariandel et The Ringed City, restent parmi les meilleures extensions que From ait jamais sorties. Et je dis ça en ayant un amour maladif pour le vieux contenu de Dark Souls 2.

Ariandel, avec ses plaines enneigées qui se dérobent sous tes pieds, ses corbeaux grotesques et son village pendu, est une leçon d’ambiance morbide. Le combat contre Sister Friede et Père Ariandel est l’exemple parfait d’un boss qui veut te briser mais qui, une fois maîtrisé, devient un ballet sublime. C’est le genre de truc qui donne envie de reroll juste pour se re-tester dessus en NG.

The Ringed City, elle, va encore plus loin dans le fan-service dépressif: anges-harceleurs, ruines en spirale, chevaliers démoniaques, et cette dernière ligne droite vers Gael, littéralement à la fin du monde, sous un ciel de toile froissée. C’est From qui te regarde droit dans les yeux et te dit: « Tu voulais la fin de Dark Souls ? La voilà. Tu ne vas pas aimer ce que tu vas voir. » Et tu approuves, perché sur les cadavres d’univers précédents.

Oui, le Dreg Heap (Pile des Décombres) est un morceau raté: lisibilité douteuse, ennemis relous, difficulté gonflée artificiellement. Le seul vrai tronçon de Dark Souls 3 que j’ai vraiment la flemme de refaire. Mais le reste du DLC est tellement fort que je prends quand même le temps de me le farcir à chaque run complet. Et ça, c’est révélateur: dans 90 % des jeux, je zappe les extensions. Sur Dark Souls 3, elles font partie du package vital.

Un jeu qui refuse de mourir: PvP, reruns et nouveaux joueurs en 2026

Ce qui m’impressionne le plus dix ans après, ce n’est pas juste que Dark Souls 3 tienne encore la route techniquement, c’est qu’il soit encore vivant. Tu te connectes sur PC ou console, tu poses ta marque près du Mur de Lothric ou dans le quartier du Pontiff, et tu trouves encore des invasions, des duels, des joueurs qui découvrent le jeu pour la première fois.

Le PvP n’est pas parfait, l’équilibrage n’a jamais été clean à 100 %, mais l’éventail de builds reste jouissif: pyros agressifs, sorciers distances, ultras grandes épées, dagues saignement, lancers de javelots, foi miracle, hybridations complètement pétées… Tu sens un jeu pensé comme un terrain de jeu à long terme, pas juste un mode appendice.

Je vois souvent des nouveaux joueurs débarquer sur Dark Souls 3 après Elden Ring, un peu condescendants sur le papier, et se faire surprendre par la densité du level design et la précision des combats. C’est ça, la vraie longévité: pas seulement un culte de vétérans, mais une capacité à séduire la génération suivante sans qu’on ait à mettre des lunettes nostalgiques.

Et ce foutu remaster anniversaire dans tout ça ?

Depuis quelques mois, les rumeurs circulent sur une éventuelle édition 10e anniversaire, un remaster ou une version « ultimate » plus propre pour les machines actuelles. Honnêtement, je suis partagé. D’un côté, Dark Souls 3 tourne encore très bien sur PC et en rétrocompatibilité, surtout comparé au désastre de certains ports récents. De l’autre, un lifting ciblé pourrait lui donner une seconde jeunesse sans trahir son identité.

Screenshot from Dark Souls III: The Convergence
Screenshot from Dark Souls III: The Convergence

Ce que je ne veux surtout pas, c’est la version cynique: textures vaguement upscalées, ray tracing collé à la va-vite, 70 balles pour un jeu qu’on a déjà racheté trois fois. Là, oui, ce serait du vol pur et simple. Surtout qu’on parle d’un titre de 2016 qui, déjà à l’époque, tirait bien profit des machines.

Mais si From (et Bandai, ne nous racontons pas d’histoires) joue le jeu intelligemment – 60 fps verrouillés partout, corrections de quelques zones foireuses comme le Dreg Heap, nettoyage réseau, options graphiques modernes sur PC, peut-être un équilibre PvP un poil retouché – alors je ne vais pas faire semblant: je replongerai sans hésiter. Parce que Dark Souls 3 a cette base structurelle tellement solide qu’un vrai remaster, bien fait, aurait un sens.

La communauté est divisée sur la question, et c’est normal. Ceux qui attendent encore un jour un vrai nouveau Dark Souls se méfient de ce recyclage permanent. Moi, je vois ça comme ce que le jeu est déjà devenu: un classique moderne. Et les classiques, s’ils sont retravaillés avec respect, méritent d’être resservis à ceux qui arrivent après nous.

Pourquoi, malgré tout, Dark Souls 3 reste « seulement » mon deuxième meilleur Souls

Je peux passer tout cet article à encenser Dark Souls 3, à expliquer pourquoi c’est celui que je relance le plus souvent, et maintenir malgré tout un truc: dans mon panthéon perso, il est « seulement » deuxième. Juste derrière Dark Souls 2, cet amas difforme de génie et de ratages. Et c’est précisément pour ça que Dark Souls 3 est fascinant: il n’est pas mon préféré, mais c’est celui dont j’ai le plus besoin.

Dark Souls 2 est pour moi le plus audacieux: prises de risque mécaniques, idées de design complètement barrées, ambiance de mort lente qui n’appartient qu’à lui. Dark Souls 1 reste le mythe fondateur, la découverte, le moment où tout a basculé. Mais Dark Souls 3, lui, c’est la forme finale du « Souls classique ». Ce n’est pas la première fois, ce n’est pas la plus folle, c’est celle où tout est maîtrisé, huilé, affûté.

Je le considère souvent comme « le deuxième meilleur Souls (jusqu’à ce que je change d’avis encore une fois) », et ce n’est pas une punchline. Certains jours, c’est Lothric qui m’appelle, d’autres c’est Drangleic, parfois Lordran. Mais dès que je veux un run fluide, une expérience où mes souvenirs durs collent presque parfaitement à la réalité, je sais très bien lequel je vais lancer.

Dix ans plus tard, c’est ça, pour moi, le vrai signe de la grandeur d’un jeu: pas son aura sur YouTube, pas son nombre de clones sortis derrière, mais le fait que quand tu as deux heures à tuer et envie d’un action-RPG qui ne te prenne pas pour un idiot, tu reviens à lui sans réfléchir. Dark Souls 3 est devenu ce réflexe.

On pourra continuer à se battre pendant encore dix ans pour savoir lequel des trois Dark Souls est « le meilleur ». Honnêtement, je m’en fiche. Je sais juste que si j’éteins tout le reste, que je mets ma musique en sourdine et que je veux ressentir ce que FromSoftware savait faire de mieux avant de partir sur Sekiro et Elden Ring, je retourne à Lothric. Et tant que ce sera le cas, Dark Souls 3 restera ce qu’il est déjà à mes yeux: la pièce la plus parfaitement polie d’une trilogie qui aura redéfini mon rapport au jeu vidéo.

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