Je n’arrive pas à lâcher Nathan Drake, et je n’ai pas honte
Il y a une image qui résume ma relation avec Naughty Dog : le moment où le train de l’intro d’Uncharted 2 bascule dans le vide, avec Nathan Drake en sang, accroché à un wagon qui se décroche centimètre par centimètre. J’étais devant ma télé, manette de PS3 en main, et j’ai pensé : « Ok, les jeux vidéo peuvent être des films d’aventure que je contrôle, bordel. »
Depuis, j’ai tout bouffé : la trilogie PS3, Uncharted 4 et sa poursuite en jeep à Madagascar, The Lost Legacy (sous-coté au possible), et évidemment les deux The Last of Us, que j’ai adorés tout en en sortant émotionnellement lessivé. Aujourd’hui, alors qu’on parle partout d’Intergalactic: The Heretic Prophet, qu’on fantasme sur un hypothétique The Last of Us 3 et qu’on enterre gentiment Jak & Daxter, je me rends compte d’une chose simple :
Si je pouvais demander UNE priorité à Naughty Dog, ce serait un vrai retour d’Uncharted. Appelez-le Uncharted 5, je m’en fous. Mais je veux retrouver ce ton, cette énergie, cette légèreté-là.
Et oui, je le dis en sachant qu’un nouveau projet ambitieux comme Intergalactic peut être important pour le studio, et qu’un The Last of Us 3 rapporterait probablement des camions de fric. Je m’en fous. J’en suis à un point de ma vie de joueur où je préfère un bon film d’aventure pulp interactif à une énième thérapie vidéoludique post-apo. Et c’est précisément pour ça que toute la hype autour de ce fameux « intergalactic last este game » me laisse tiède.
Intergalactic: The Heretic Prophet – ambitieux, ok, mais est-ce que j’en ai VRAIMENT envie ?
Sur le papier, Intergalactic: The Heretic Prophet a tout pour me parler. Sci-fi, troisième personne, ambiance space-opera mystique, gros budget Sony, réalisation Naughty Dog, bande-son signée par des pointures… C’est littéralement le genre de pitch qui, il y a dix ans, m’aurait fait hurler « day one » en cassant ma tirelire pour une édition collector.
Sauf qu’aujourd’hui, quand je vois ce projet, je ne peux pas m’empêcher de voir autre chose : un studio qui court après son propre mythe sérieux et “prestige drama”. On nous vend un héros ou une héroïne paumé·e dans l’espace, des questions de foi, de prophéties, de destin brisé… Je peux presque entendre les violons émotionnels et les dialogues ultra-graves avant même de voir une nouvelle bande-annonce.
Le problème, ce n’est pas que ce soit sérieux. The Last of Us l’est déjà, et je l’adore pour ça. Le problème, c’est que Naughty Dog semble avoir oublié qu’il sait aussi faire du fun pur, du rythme, de l’humour, du spectaculaire assumé. Et ça, ce n’est ni Intergalactic, ni le fameux « intergalactic last este game » ou même un éventuel The Last of Us 3 qui vont me le redonner.
On parle quand même d’un studio qui aurait déjà cramé des semaines de crunch pour mettre en place une démo interne d’Intergalactic, juste pour convaincre la hiérarchie que le projet avance. Je ne vais pas refaire ici tout le débat sur le crunch, mais franchement, est-ce que je suis censé m’extasier parce qu’on martyrise encore les équipes pour un jeu qui, au fond, ressemble à un mélange entre Mass Effect, The Last of Us et un sermon de space-prêtre ?
Je ne dis pas qu’Intergalactic sera un mauvais jeu. Je dis juste que pour moi, joueur qui a grandi avec Nathan Drake qui balance des vannes en escaladant des ruines qui s’écroulent, ce n’est pas ça que j’attends PRIORITAIREMENT de Naughty Dog. En ce moment, le studio me semble plus obsédé par l’idée d’être le HBO des jeux vidéo que par celle de me faire vivre une putain d’aventure.
The Last of Us 3 : oui, ce serait logique… et justement, c’est pour ça que je ne le veux pas maintenant
Je ne vais pas jouer au faux snob : The Last of Us et Part II font partie de mes expériences les plus marquantes de ces dix dernières années. Les séquences de stealth tendues, la culpabilité permanente, la violence presque gênante… C’est brillant, c’est maîtrisé, c’est aussi émotionnellement épuisant.
Après des dizaines d’heures à ramper dans les ruines de Seattle, à entendre des NPC crier le prénom de leurs potes que je venais d’abattre, je me suis surpris à faire un truc que je ne fais jamais : poser la manette juste pour respirer. Pas parce que je m’ennuyais, mais parce que j’étais saturé. Trop de tension, trop de haine, trop de douleur.

Alors oui, narrativement, un The Last of Us 3 a du sens. Il y a des arcs à clore, des personnages qu’on pourrait suivre ailleurs, de nouvelles thématiques à explorer. Économiquement, c’est une évidence : la série HBO a explosé la popularité de la licence, Sony rêve déjà d’un nouveau carton. Mais créativement, humainement, en tant que joueur, je ne suis pas pressé de retourner dans cet enfer émotionnel.
Et c’est là où je décroche de ce discours qui veut que Naughty Dog n’ait que deux voies « dignes » d’être explorées : la nouvelle série AAA sombre (Intergalactic) ou le prolongement encore plus traumatiseur de The Last of Us. On dirait qu’il est devenu presque « immature » de réclamer un jeu plus léger, plus pulp, plus popcorn… comme si on n’avait pas le droit d’aimer un chef-d’œuvre dramatique tout en regrettant le charme d’un bon vieux blockbuster d’aventure.
Pour moi, ce n’est pas une question de qualité, c’est une question d’équilibre. Le pendule a trop penché du côté du sérieux chez Naughty Dog. Il est temps qu’il revienne vers le fun. Et ça, ce n’est ni Intergalactic, ni The Last of Us 3 qui vont l’incarner. C’est Uncharted.
La magie Uncharted : ce que Nathan Drake m’offre qu’aucun autre jeu Naughty Dog ne donne
Quand je repense à mes meilleurs souvenirs avec Naughty Dog, ce ne sont pas les monologues déchirants d’Ellie ou les silences lourds de sens sur un banc au coucher de soleil. Ce sont des trucs beaucoup plus simples :
- La panique totale pendant la fuite en jeep dans Uncharted 4, avec les maisons qui s’effondrent et Sam qui hurle dans l’oreillette.
- La glissade ratée sur une corniche, rattrapée au dernier frame avec un « Woah, ok… » typique de Nathan.
- Les vannes entre Nate, Sully et Elena qui donnent l’impression de retrouver de vieux potes à chaque nouvel épisode.
- Les énigmes ridiculement théâtrales dans des temples impossibles, mais qu’on adore justement parce que c’est bigger than life.
Uncharted, c’est le jeu qui me rappelle pourquoi j’ai aimé le jeu vidéo avant qu’on ne commence à tout intellectualiser. C’est Indiana Jones avec un stick analogique, c’est les Pyramides de Gizeh version joystick, c’est la promesse que chaque chapitre va te balancer un nouveau décor plus fou que le précédent juste pour le plaisir des yeux.
On a tendance à tourner ça en dérision aujourd’hui, à parler de « parcs d’attractions scriptés », de « couloirs déguisés en aventure ». Mais honnêtement ? Je m’en fous. Parce que quand ces couloirs sont mis en scène avec un tel sens du rythme, d’écriture et de mise en scène, ça devient un art en soi. Et Uncharted en est la preuve éclatante.
Après des centaines d’heures passées sur des open worlds généricisés, à cocher des points d’intérêt et farmer des ressources, je redécouvre la valeur d’une campagne très linéaire mais parfaitement chorégraphiée. Uncharted, c’est l’anti-sable mouillé des AAA modernes. Rien n’est là pour remplir, tout est là pour t’embarquer.

Et en 2026, dans un paysage saturé de grimdark, de narrations méta et de vastes cartes vides, le ton d’Uncharted – léger, drôle, spectaculaire, optimiste – est presque devenu… subversif. C’est le monde à l’envers : réclamer un jeu d’aventure joyeux, c’est maintenant l’option « originale ».
Pourquoi Jak & Daxter a encore moins de chances… et c’est justement pour ça que je mise tout sur Uncharted
Je fais partie de ceux qui ont connu Naughty Dog à l’époque Jak & Daxter. Plateformes 3D, univers coloré, humour cartoonesque… C’était déjà du grand spectacle, mais dans un autre registre. Est-ce que j’adorerais revoir Jak et son pote moralisateur sur PS5 ? Évidemment. Est-ce que j’y crois une seule seconde ? Non.
Jak & Daxter appartient à une ère que PlayStation n’assume plus vraiment au sommet de sa pyramide AAA. Les grosses exclus maison, aujourd’hui, doivent être « cinématographiques », « adultes », « prestigieuses ». On veut des BAFTA, des nominations aux Emmy grâce aux adaptations, des papiers dans la presse généraliste qui disent « le jeu vidéo a enfin mûri ».
Dans ce contexte, relancer Jak & Daxter demanderait une prise de risque énorme : soit casser l’ADN de la série pour la « moderniser », soit assumer un retour au platformer coloré haut budget – chose que Sony ne semble pas prêt à faire, à part sur des projets plus modestes ou confiés à d’autres studios.
Uncharted, au contraire, coche encore toutes les cases du modèle PlayStation actuel : mise en scène hollywoodienne, personnages réalistes, animation faciale de ouf, scripts spectaculaires, potentiel d’adaptation ciné (déjà entamé), et équilibre entre action, narration et exploration. C’est littéralement l’archétype de la grosse exclu PS4/PS5.
C’est pour ça que je suis beaucoup plus « exigeant » envers Naughty Dog sur Uncharted que sur Jak & Daxter. Pour Jak, je me contente de la nostalgie et de quelques caméos. Pour Nathan Drake et son univers, je considère que c’est un gâchis monumental de laisser cette licence moisir pendant que le studio s’enferme dans le registre serious business.
À quoi devrait ressembler un vrai Uncharted 5 en 2026 ?
Je ne veux pas d’un simple copier-coller nostalgique, ça n’aurait aucun intérêt. Quand je dis que je préfère un Uncharted 5 à Intergalactic ou à The Last of Us 3, ce n’est pas pour revivre le même jeu en 4K ray-tracing. C’est parce que je pense sincèrement qu’il y a encore des choses à faire avec cette formule, à condition d’avoir le courage de la pousser dans la bonne direction.
Quelques points que j’attends d’un retour :
- Un nouveau visage, mais pas un reboot paresseux : la fin d’Uncharted 4 ouvre déjà une porte avec la fille de Nate. Tu peux imaginer un passing de flambeau crédible, où Nathan est présent mais pas central, façon mentor relou mais attachant.
- Moins de « couloirs de tir », plus d’aventure : les meilleurs moments de la saga, pour moi, ce ne sont pas les fusillades infinies, mais les explorations, les poursuites, les énigmes. Donnez-moi plus d’archéologie, moins de vagues d’ennemis spongieux.
- Un sentiment d’open world contrôlé : Lost Legacy avait tenté de petites zones ouvertes, et ça fonctionnait. Sans basculer dans l’open world générique, il y a moyen de donner plus de liberté de parcours tout en gardant le sens du rythme Naughty Dog.
- Une écriture qui assume son ton : plus besoin d’alourdir artificiellement l’intrigue avec des drames constants. On peut parler de culpabilité, de vieillissement, de transmission… sans transformer tout en tragédie permanente.
- Une technique au service du spectaculaire, pas l’inverse : je me fiche du nombre de shaders dans un caillou si ça n’amène pas à une séquence mémorable. L’obsession graphique doit redevenir un outil, pas une fin.
Le plus ironique, c’est que tout ce que je viens de décrire correspond parfaitement au savoir-faire historique du studio. Ils savent faire ça les yeux fermés, mais ils semblent presque avoir honte d’y retourner, comme si redevenir « juste fun » était une régression.

Pourtant, dans mon quotidien de joueur, je le vois très clairement : je lance beaucoup plus facilement un jeu d’aventure feel-good qu’un trip ultra-sombre qui va me miner le moral pendant des heures. Après une journée de taf, j’ai plus envie de courir sur un toit en bois pour échapper à un convoi blindé que d’assister à la millième exécution viscérale au ralenti.
Mon verdict : Naughty Dog doit arrêter de faire comme si Uncharted était un caprice de fans nostalgiques
Au fond, ce qui me dérange le plus dans la situation actuelle, ce n’est pas qu’Intergalactic: The Heretic Prophet existe, ni qu’on prépare possiblement un The Last of Us 3. C’est que le discours dominant autour de Naughty Dog laisse entendre que la seule voie “mature” pour le studio, c’est d’aller toujours plus loin dans le sérieux, la noirceur, la lourdeur émotionnelle.
Je refuse cette équation. La maturité, ce n’est pas forcément plus de trauma, plus de morts et plus de monologues tragiques. La maturité, c’est aussi savoir reconnaître la valeur d’un bon divertissement assumé, savoir doser ses tonalités, accepter que tout le monde n’a pas envie de se faire retourner l’âme à chaque session de jeu.
Uncharted n’est pas un vestige “enfantin” du Naughty Dog d’hier ; c’est une corde essentielle à leur arc créatif. Laisser cette licence en plan pendant qu’on use jusqu’à la moelle les registres dramatiques, c’est se priver d’une partie de ce qui a fait la grandeur du studio.
Alors oui, que le fameux « intergalactic last este » truc avance, que le prochain intergalactic last este game nous montre à quel point Naughty Dog sait encore innover en sci-fi, pourquoi pas. Mais tant que je n’aurai pas vu l’annonce d’un vrai retour d’Uncharted, je considérerai que quelque chose cloche dans les priorités du studio.
En tant que joueur qui a grandi avec eux, qui a pris des claques en grimpant dans ce foutu train enneigé, qui a insulté son écran pendant la tour qui s’effondre à Madagascar, je me sens plus excité par un potentiel Uncharted 5 que par n’importe quel nouveau “chef-d’œuvre sérieux” made in Naughty Dog.
Mon verdict est simple : continuez vos expériences ambitieuses, faites votre space drama si vous y tenez, mais arrêtez de faire semblant que l’aventure n’existe plus. Quand je pense à l’avenir de Naughty Dog, je ne vois pas seulement des ruines post-apocalyptiques ou des temples futuristes dans le vide spatial. Je vois encore – et surtout – une corde lancée au bord d’un ravin, un sourire de Nathan Drake, et cette petite phrase qui résume tout : « Ok, on va s’en sortir. Enfin, je crois. »
C’est ce moment-là que je veux revivre. Et tant qu’on ne me redonne pas ça, je considérerai que Naughty Dog, malgré tout son talent, laisse une partie essentielle de son âme sur le carreau.

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