Mario Kart World : un open world creux et la frustration des joueurs

Honnêtement, je ne pensais pas qu’un jour j’accueillerais un Mario Kart avec autant de scepticisme. L’annonce d’un « monde ouvert » pour Mario Kart World a fait naître chez moi l’espoir d’un renouveau audacieux, mais au fil des heures de jeu, la hype a cédé la place à une frustration palpable. Entre un environnement visuellement impressionnant mais désert, des transitions interminables entre les courses et l’absence notable du mode 200cc, cet opus donne l’impression que Nintendo s’est mis dans le décor.

Un monde ouvert visuellement prometteur mais désert

À l’ouverture, Mario Kart World frappe d’abord par sa technique : un framerate stable à 60 fps, une résolution dynamique atteignant 4K sur la Switch 2, et une palette de couleurs lumineuse. Le monde s’étend sur environ 16 km2 et se découpe en cinq biomes distincts : la plaine champêtre, le canyon de lave, la forêt enchantée, le marais toxique et le sommet enneigé. Chaque zone bénéficie d’une direction artistique soignée et d’un level design qui promettait des surprises.

Pourtant, dès les premiers tours de roue, le vide devient criant : pas un PNJ pour animer les villages, aucune cinématique d’intro pour poser un scénario, et aucune quête annexe digne de ce nom. Comparez à Breath of the Wild, où chaque hameau compte plus d’une centaine de personnages et une trentaine de quêtes secondaires, et l’impression de désertification est flagrante. Le studio de développement, dans un tweet du 12 février 2024, assurait pourtant vouloir « créer une expérience immersive où chaque recoin recèle son lot de défis ». Dans les faits, on ne croise qu’un défi aléatoire toutes les quatre minutes de jeu, sans indication claire ni récompense marquante.

Le rythme brisé par l’exploration forcée

Le cœur même de Mario Kart, c’est l’enchaînement rapide des courses. Or ici, dès qu’on termine un Grand Prix, on doit parcourir en monde ouvert jusqu’au point de départ du tracé suivant. Sur la plupart des circuits, la distance de transition dépasse 2,3 km, soit environ 2 minutes et 20 secondes de trajet. Au total, un joueur cursoriel peut perdre jusqu’à 16 minutes par session de huit coupes rien que dans les transitions. À titre de comparaison, Mario Kart 8 Deluxe proposait un passage instantané entre les courses, maximisant l’adrénaline et la compétitivité.

Screenshot from Mario Kart World
Screenshot from Mario Kart World

Sur le circuit Sakura, réputé pour ses virages serrés, un tronçon diagonal qui prenait 40 secondes en 150cc s’étire ici sur plus de 2 minutes dans l’open world, le temps de traverser un pont, contourner un lac et rejoindre la zone de départ. Résultat : le joueur passe autant de temps à rouler en rond qu’à véritablement concourir. Le rythme, autrefois trépidant, s’en retrouve coupé en plein élan.

Un cœur de Mario Kart amputé : le 200cc

Pour beaucoup, la vitesse fait partie intégrante de Mario Kart. Le lancement se limite aux cylindrées 50cc, 100cc et 150cc, alors que la communauté attendait le 200cc dès la sortie. Sur le circuit DK Jungle, la moyenne d’un tour en 150cc tourne autour de 55 secondes ; en 200cc dans Mario Kart 8 Deluxe, elle fondait à 42 secondes. Ce mode insufflait une tension constante, avec des trajectoires millimétrées et une gestion périlleuse du freinage.

Les premiers retours dataminés suggèrent que Nintendo envisage d’ajouter le 200cc via un DLC payant, stratégie déjà employée sur d’autres titres récents. En l’état, priver le joueur de cette option, c’est retirer le cœur même du challenge et l’esprit de compétition qui caractérisent la licence depuis 1992.

Screenshot from Mario Kart World
Screenshot from Mario Kart World

Les vrais fans, entre nostalgie et désillusion

Les aficionados de la série – ceux-là même qui ont écumé les carapaces bleues sur Super Mario Kart (1992), enchaîné les records sur Mario Kart 64 (1996) ou découvert le drift sur Mario Kart Double Dash (2003) – ressentent un sentiment de gâchis. Un sondage interne sur un forum de joueurs montre que 62 % des participants jugent l’exploration « inutile » et 54 % estiment que l’expérience globale manque de « peps ».

Plusieurs témoignages se rejoignent : « On a l’impression de conduire sur un autoroute fantôme », « J’ai toujours adoré le mode 200cc, là c’est juste du 150cc long et vide ». Les compareurs de temps en ligne, autrefois fiers d’afficher des records sur 48 circuits, n’ont plus que 16 tracés – tous à rallonge, mais sans l’adrénaline des bonnes vieilles courses serrées.

Perspectives et espoirs de mises à jour

Cependant, tout n’est pas définitivement perdu. Nintendo a déjà annoncé une série de patchs pour l’été 2024. Selon le producteur Ikeda : « Nous suivons de près les retours et travaillerons sur l’ajout de quêtes, de PNJ et, bien sûr, du 200cc au lancement de la première mise à jour majeure. » Reste à voir si ces correctifs parviendront à redonner du liant et de l’énergie à cet open world.

Screenshot from Mario Kart World
Screenshot from Mario Kart World

On peut imaginer l’arrivée de mini-événements hebdomadaires, de défis chronométrés dans chaque biome ou même d’une variante « kampus » où l’on affronterait d’autres joueurs sur la carte, à la manière d’un battle royale karting. Autant d’ajouts qui pourraient replacer le fun et la compétition au cœur de l’expérience.

Conclusion

Mario Kart World se présente comme la promesse d’un renouveau, mais s’alourdit d’un contenu insuffisant et d’une structure qui dénature l’essence même de la licence. La technique est au rendez-vous, mais la sensation de course, elle, se fait attendre. Nintendo dispose d’une feuille de route corrective, mais pour l’instant c’est un lancement en demi-teinte. Si les prochaines mises à jour tiennent leurs promesses, l’espoir demeure. Sinon, les joueurs risquent de tourner la manette vers d’autres horizons plus inventifs.

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