Quand un nouveau shooter multijoueur s’inspire à la fois du chaos de Battlefield: 1942 et de l’humour déjanté de Team Fortress 2, ça éveille forcément la curiosité. En tant que vétéran de nombreux FPS compétitifs (et de soirées sans fin sur TF2), je ne résiste pas à la promesse d’une expérience multijoueur à la fois explosive et drôle. Heroes of Valor, fraîchement débarqué en early access sur Steam, coche ce créneau : un shooter militaire qui ne se prend pas au sérieux, tout en restant nerveux et tactique. Entre nostalgie, ambitions et quelques écueils, on fait le point.
Première impression : un cocktail explosif d’arcade et de folie
Dès les premiers instants, Heroes of Valor marque les esprits par son rythme effréné. On respawn en quelques secondes, on fonce à l’assaut d’objectifs, en piétinant l’ennemi à moto puis en sautant dans un tank ou un Spitfire. Fancy Cat Interactive, le studio derrière le projet, a choisi une direction artistique cartoon où les explosions sont saturées de couleurs et où les soldats rivalisent de têtes dino ou de casques à cornes. Loin du photo-réalisme anxiogène, on plonge dans une Seconde Guerre mondiale revisitée, où le fun prime sur la gravité historique.
Au moment de rédiger ces lignes, le jeu cumule déjà plus de 90 % d’avis positifs sur Steam. Les serveurs affichent régulièrement des pics à 2 000 joueurs simultanés, preuve que l’early access a conquis une communauté prête à tester et à donner son feedback. Mais derrière l’enthousiasme, on scrute aussi les playlists vides et l’effet de mode éphémère qui peuvent faire dégringoler un titre prometteur.
Classes et styles de jeu
Heroes of Valor propose, pour l’instant, quatre classes principales, chacune avec son arme de base, son gadget et sa spécialité :
- Soldat offensif : équipé d’un fusil d’assaut fiable et d’un lance-grenades, c’est le cœur du combat rapproché. Idéal pour prendre et tenir les drapeaux, il brille surtout en duo avec le medic.
- Infiltrateur : munis d’un fusil à lunette et de la capacité de se rendre quasi-invisible en sprint, ces snipers peuvent renverser un match en abattant les leaders ennemis. Attention toutefois aux maps très ouvertes où la mobilité prime.
- Médic : arme secondaire légère, seringue de soin à la première utilisation et pack de réanimation en secondaire. Son rôle de soutien est crucial pour maintenir les offensives. Les parties bien coordonnées le placent en héros méconnu, mais indispensable.
- Ingénieur (à venir) : annoncé pour la prochaine grosse mise à jour estivale, cette classe apportera torpilles antichars, tourelles automatisées et surtout un lance-mine pour verrouiller les couloirs. Un laboratoire de stratégie en construction dont on attend la sortie avec impatience.
Chacune de ces archétypes dispose d’un arbre de compétences, débloqué via les points de progression gagnés en partie. On améliore la cadence du Medic, on opte pour des balles perforantes chez le Soldat offensif, ou encore pour un camouflage longue durée sur l’Infiltrateur. À date, la courbe de progression est fluide jusqu’au niveau 15, avec un saut d’XP plus long jusqu’au niveau “Prestige” 1, mais certains joueurs réclament déjà un palier intermédiaire pour réduire la sensation de grind.
Véhicules et verticalité
La marque de fabrique de Heroes of Valor, c’est l’intégration immédiate de véhicules sur toutes les cartes. On retrouve :

- Tanks légers et moyens : chacun offre un canon principal et une mitrailleuse coaxiale. Le char moyen excelle en ligne de front, tandis que le léger est parfait pour les embuscades sur les flancs.
- Avions de chasse (Spitfire) : dogfights intenses et bombardements en piqué sur les objectifs terrestres. Les pilotes débutants peuvent vite se faire descendre, mais un instructeur (Instructor) mode tuto dans le menu réseau facilite l’apprentissage.
- Motos side-car et half-tracks : idéaux pour transporter une équipe réduite et harceler l’arrière-garde ennemie. Leur maniabilité extrême contrebalance leur faible armure, offrant des moments “hit & run” dignes de Battlefield.
La verticalité, quant à elle, est travaillée sur deux fronts : les zones urbaines en ruines (village français, centre industriel) où les toits et balcons permettent des duels au corps-à-corps aériens, et les falaises côtières (phare) où un tir bien placé depuis un bunker surplombant peut décider d’une partie. Dans un match récent sur la carte “Cliffside Lighthouse”, j’ai vu un Medic remonter toute la file de respawn en grimpant par un escalier extérieur, pour réanimer un tank immobilisé et retourner le match. Cet imprévu, c’est l’esprit des premiers Battlefield, version cartoon.
Modes de jeu et maps
Pour l’instant, Heroes of Valor propose trois modes principaux :
- Assaut : deux équipes s’affrontent pour capturer successivement trois drapeaux (A, B, C) sur des fronts étirés. Le mode classique qui rappelle Conquête de Battlefield, mais en version condensée (30 vs 30).
- Domination : trois points à tenir en simultané. Les affrontements y sont plus chaotiques, avec des rotations constantes. Les snipers y perdent parfois patience, tandis que les squads de Soldats offensifs + Medics y excellent.
- Ravitaillement : chaque équipe doit escorter un train à travers la carte tout en l’attaquant du côté adverse. Un mode hybride reprenant le meilleur de Siege de TF2 et de l’Escort dans Overwatch.
Les six cartes actuelles varient du petit village à six points de capture (“La Ferme”) aux grandes étendues côtières (“Beachhead”), en passant par une usine en ruine (“Ironworks”). Fancy Cat a déjà dévoilé sa feuille de route : deux nouvelles maps (une gare ferroviaire et une forteresse alpine) et un mode “King of the Hill” arriveront avant la fin de l’été.
Équilibrage et progression
L’équilibrage est un défi permanent. En early access, on peut noter :
- Un léger avantage pour les Soldats offensifs, dont la cadence de tir et la résistance aux explosions nécessitent un nerf mineur. Plusieurs affrontements basés sur un push frontal finissent souvent en boucherie mono-classe.
- Les Infiltrateurs souffrent face à un Medic trop mobile. Les développeurs ont déjà ajusté le temps d’invisibilité de 5 à 4 secondes, mais certains joueurs réclament une réduction du cooldown de leur capacité de sprint furtif.
- Les véhicules sont globalement cohérents, sauf le half-track qui subit trop de dégâts de roquette. Un patch en bêta test amendera la protection des roues sous peu.
Le système de progression par niveaux débloque armes et skins cosmétiques. Fancy Cat promet un modèle sans pay-to-win : tous les équipements de gameplay resteront gratuits, seule la boutique d’aberrations visuelles (casques de raptor, peaux fluo, stickers absurdes) sera payante. Jusqu’à présent, le warbonds shop n’a pas déséquilibré le jeu, mais la communauté est vigilante pour que l’on n’atteigne pas le point God of War où certaines armes seraient achetables.
Technique : graphismes, performances et audio
Menus, HUD et interfaces sont clairs et colorés, avec une touche rétro arcade très agréable. Sous le capot, Heroes of Valor tourne sur Unreal Engine 4, optimisé pour le multicœur. Sur une config milieu de gamme (i5-10400F, RTX 2060, 16 Go RAM), on atteint :
- Sur les cartes les plus petites (ferme, usine) : 100 à 120 FPS en 1080p haute qualité.
- Sur les grandes cartes côtières et forestières : 70 à 90 FPS en 1080p, 50 à 70 FPS en 1440p selon la densité de particules.
Les temps de chargement sont rapides (10 à 15 secondes) et les hitboxes, pour l’instant, cohérentes. Le son joue lui aussi un rôle majeur : les explosions possèdent un écho immersif, et chaque véhicule a son impact acoustique distinct. Le mixage équipe/ennemi est clair, même en pleine mêlée.
Comparaison avec Battlefield et TF2
Concrètement, Heroes of Valor propose un affrontement de 30 vs 30, soit deux fois moins que le Conquête de Battlefield V. Cela se traduit par des combats plus resserrés, des rotations de respawn plus rapides (6 secondes contre 12-15 secondes dans Battlefield) et un rythme global 25 % plus soutenu. Côté TF2, le feeling des classes et la dimension cartoon s’en rapprochent, mais sans les gadgets ultra-spécifiques (pas de pyro, pas de sentry complexe), ce qui simplifie la prise en main. In game, j’ai vu une équipe TF2 pro essayer Heroes of Valor : “C’est comme jouer 6Fortress avec des tanks, un vrai shoot’em up épique”, lâche l’un d’eux sur le Discord communautaire.

Retours de la communauté et interviews
Pour enrichir la perspective, nous avons discuté avec Lauren Mills, lead designer chez Fancy Cat Interactive : “Notre but était de capturer le frisson des batailles en équipe tout en gardant une ambiance décalée. Les retours actuels nous poussent à ajouter plus de verticalité et d’options tactiques pour les squads.”
Côté joueurs, Steam user “CrazyGerald” témoigne : “J’ai enchaîné 15 parties d’affilée, les allers-retours entre moto, tank et Spitfire créent des moments épiques. Parfois, c’est un carnage total, parfois une stratégie de sniper change tout. J’attends l’ingénieur avec impatience.”
Points forts et axes d’amélioration
- Points forts : rythme fulgurant, intégration véhicules/maps, univers cartoon attachant, progression gratifiante.
- À améliorer : équilibrage des classes (Infiltrateur vs Medic), optimisation des maps XXL, enrichissement du contenu endgame (tournois, challenges hebdos).
- Modèle économique : garder la boutique cosmétique absurde sans transformer le shop en piège à frustration.
Pour qui est fait Heroes of Valor ?
Si vous recherchez un shooter multijoueur original où la coordination d’équipe rime avec fun immédiat, ce titre est pour vous. Les fans de TF2 y retrouveront l’excitation des classes scream, tandis que les vétérans de Battlefield apprécieront l’échelle et les véhicules. Pour les compétiteurs purs, l’absence d’arbitrage classé et le côté arcade peuvent décevoir, mais ce n’est pas (encore) l’intention du studio.
Le prix d’accès en early access (13,49 €) est raisonnable pour le contenu actuel et les promesses de mise à jour. À long terme, c’est la capacité de Fancy Cat Interactive à enrichir le jeu qui déterminera si Heroes of Valor devient un incontournable ou un simple coup de cœur d’early access.
Conclusion
Avec Heroes of Valor, Fancy Cat Interactive prend le risque de mixer le fun potache de TF2 et l’ampleur de Battlefield en proposant un shooter WW2 léger mais solide. L’early access tient ses promesses : action non-stop, diversité des véhicules, progression motivante et communauté déjà mobilisée. Reste à voir si le studio tiendra la cadence des mises à jour et parviendra à équilibrer ses classes pour transformer l’essai. En attendant, ce shooter arcade mérite qu’on le surveille de près, surtout pour pimenter vos prochaines soirées multijoueur.

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