Still Wakes the Deep: Siren’s Rest – une plongée abyssale convaincante ?
Franchement, je ne m’attendais pas à replonger aussi vite dans l’atmosphère suffocante de Still Wakes the Deep. Mais dès que Siren’s Rest, la première extension narrative de Secret Mode, est arrivée le 18 juin 2025, je me suis dit : « 13 €, promo ou pas, est-ce que ça se justifie vraiment ? » Résultat : oui, et ce, beaucoup plus que ne l’aurait laissé présager le traditionnel « chapitre bonus ».
Contexte et pitch
Le scénario démarre dix ans après la tragédie de la plateforme pétrolière Beira D. Sous la houlette de The Chinese Room (assisté par Kate Saxon à la direction narrative et Sagar Beroshi au scénario), Siren’s Rest vous fait incarner Mhairi, plongeuse professionnelle à la recherche de réponses. L’extension se présente comme un prologue inversé : on explore l’épave sous-marine plutôt que ses couloirs claustrophobes, tout en creusant le traumatisme originel.
Plates-formes : PC (Steam, Epic Games Store), PS5, Xbox Series X|S – incontournable : vous devez posséder le jeu de base. Genres : horrifique narratif, exploration, aventure.
1. Analyse narrative
Siren’s Rest élargit l’univers sans le dénaturer. Là où l’original jouait sur l’inconnu et la lente montée en tension, l’extension va plus loin dans l’introspection et la dimension humaine. Mhairi n’est pas qu’une successeure de Keisha : elle incarne une forme de résilience face à l’horreur. Son équipage (dont certains visages vous rappelleront peut-être l’équipage du navire de secours étudié au début du jeu principal) fonctionne comme un chœur antique, questionnant la mémoire et la culpabilité.
Les dialogues, portés par Lois Chimimba, sont naturels, sans tomber dans l’excès dramatique. Chaque enregistrement vocal – des journaux de bord en anglais aux messages codés en gaélique – sert un propos précis. On retrouve la patte de The Chinese Room dans l’écriture environnementale : un dessin au crayon griffonné sur une paroi, un tournevis abandonné près d’un cadavre, un petit enregistrement chuchoté pour éviter les jump scares gratuits.

Le découpage en actes, quatre chapitres principaux, révèle lentement l’arrière-plan psychologique des protagonistes. Le début mise sur l’appréhension : l’éclairage bleuté, l’eau stagnante, les tuyaux instables. Le deuxième acte augmente la pression avec des hallucinations auditives. Le troisième, plus expéditif, mise sur l’action douce (découpe de tôle, fuite programmée). Le dernier acte rééquilibre l’ensemble, proposant un climax émotionnel plus qu’un affrontement frontal.
2. Mécaniques de gameplay
Là où Still Wakes the Deep se résumait à un walking sim horrifique, Siren’s Rest innove par deux ajouts majeurs :
- Gestion de l’oxygène : un minuteur oppressant s’affiche en permanence, avec un léger bourdonnement cardiaque quand vous tombez sous les 20 %. Les masques cassés génèrent des fuites qu’il faut colmater avec du ruban adhésif trouvé dans les caisses.
- Découpe thermique : un chalumeau compact vous permet d’ouvrir des issues mais exige une jauge de carburant à surveiller. Les découpes trop longues surchauffent la buse, provoquant une panne qui vous oblige à trouver un kit de réparation.
Ces mécaniques, si elles n’inventent rien, sont intelligemment calibrées. On ne sombre pas dans la survie hardcore façon Subnautica, mais la tension reste palpable. Les phases d’exploration libre, à la recherche de cylindres d’oxygène ou de batteries de chalumeau, créent une boucle risquée qui évite l’ennui.
En terme de level design, les couloirs sous-marins s’organisent en nœuds ramifiés. Certains passages nécessitent de revenir sur vos pas pour actionner une vanne ou réorienter un bras robotisé pour débloquer un sas. Cette architecture labyrinthique rappelle les meilleurs segments de Amnesia et multiplie les angles morts où peuvent surgir des silhouettes cauchemardesques.
3. Audio et visuel
Le sound-design demeure la star du spectacle. Chaque goutte d’eau résonne différemment selon le matériau alentour. On entend même les lointains craquements de la coque sous la pression abyssale. La musique, signée Chris Plowman, reste discrète mais insiste sur les cordes graves et les drones modulés, parfaits pour un stress constant.
Côté graphismes, Siren’s Rest reprend le moteur propriétaire de The Chinese Room et l’affine. Sur ma configuration PC (Ryzen 5 5600X, RTX 2080 Super, 16 Go DDR4), j’ai visé du 1440p en Ultra : 60 fps stables, à l’exception de pics à 50 fps dans les volumes très encombrés d’algues et de particules. Sur PS5 et Xbox Series X, le 4K dynamique maintient une cible 60 fps, même si on note quelques micro-stutters quand un effet volumétrique se déclenche près de l’objectif.
Graphiquement, les reflets sur la surface de l’eau et la simulation du relief sous-marin impressionnent. On déplore cependant quelques textures de gros plans qui manquent de définition (notamment les tronçons de tuyaux métalliques) et un clipping léger sur certains obstacles quand vous nagez près des rochers artificiels. Aucun bug bloquant, mais j’ai subi un crash à deux reprises (PC) après une traversée trop rapide d’un passage verrouillé – correction attendue par un patch imminent.
4. Rejouabilité et durée de vie
Comptez entre 2 et 4 heures selon votre appétit pour l’exploration minutieuse et la collecte de journaux. Siren’s Rest ne promet pas une rejouabilité folle, mais deux raisons peuvent vous pousser à ressortir le chalumeau :
- Le mode « paranoïa » : champ visuel réduit, filtre granuleux, et niveaux d’oxygène encore plus serrés.
- Les objectifs secondaires : reconstituer le puzzle complet des témoignages des victimes (10 entrées cachées) débloque un épilogue audio exclusif.
Pour les acharnés de l’univers, ces petites quêtes annexes allongent raisonnablement la session, tout en évitant l’écueil d’un DLC qui s’étire en longueur pour combler le prix demandé.
Évaluation critique
Avant de céder à l’appel du DLC, voici un récapitulatif précis :
- Prix : 13 € (excès ou juste prix ?), sans microtransactions et sans objets cosmétiques superflus.
- Temps de jeu : 2–4 heures (5–6 h avec 100 % de complétion).
- Dépendance : nécessite le jeu de base, impossible de l’acheter seul.
- Nouvelles mécaniques : gestion d’oxygène, découpe thermique, exploration non linéaire.
Pros & Cons
- Pros :
- Ambiance sonore et visuelle soignée, immersion garantie.
- Récit autonome qui enrichit sans dénaturer.
- Gameplay de plongée bien équilibré, sans tomber dans l’excès « survie ».
- Durée raisonnable pour un DLC, sans filler superflu.
- Cons :
- Courte durée de vie pour les joueurs non collectionneurs.
- Dépendance totale au jeu de base, aucun achat indépendant possible.
- Quelques micro-stutters et textures basses résolutions.
- Crashs ponctuels signalés sur PC.
Verdict final
Avec un score global de 8/10, Siren’s Rest prouve que tous les DLC ne sont pas des prétextes marketing. L’extension de Still Wakes the Deep justifie pleinement son tarif de 13 € par une expérience courte mais dense, un renouveau de gameplay sous-marin et un récit qui creuse la psyché des survivants. Si vous avez apprécié l’angoisse moite du jeu de base, cette plongée abyssale vous fera frissonner à nouveau, sans jamais tomber dans la redite. Pour les amateurs de suspense lent et de mise en scène immersive, c’est un incontournable. Pour les chasseurs de sensations fortes à haut débit, passez votre chemin.

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