Dans un marché saturé de hack & slash sans grande originalité, King of Meat par Glowmade et Amazon Games parvient à se faire une place. Découvert à la Gamescom 2024, puis testé lors du Summer Game Fest, ce titre mise sur trois piliers : un système de scoring « spectacle », un éditeur de donjons accessible et un univers loufoque. Retour sur cette proposition audacieuse, entre satisfaction et points d’ombre.
1. Un gameplay pensé pour le show et la diversité
À première vue, King of Meat rappelle l’urgence rythmée d’un Devil May Cry – sans tomber dans l’esbroufe élitiste. Chaque combo, gadget ou figure permet de cumuler des points style et d’impressionner un public virtuel. Plutôt que de rusher la moindre créature, le jeu vous invite à varier les approches : attaquer avec un trombone géant, déclencher une tempête de confettis pour aveugler les ennemis, ou encore provoquer une chute accidentelle pour un effet comique.
- Variété d’armes et de compétences : des claviers qui assomment au buff rythmique, aux « Glory Moves » spectaculaires.
- Difficulté modulable : matchmaking cross-plateforme, tensions maîtrisées par paliers, idéal pour débutants comme vétérans.
- Équilibrage en chantier : certaines armes se révèlent surpuissantes en coop, et demandent des ajustements avant le lancement.
Ce parti pris « fun avant tout » écarte la course au DPS pur, mais risque de frustrer les joueurs habitués à la précision millimétrée. Les runs durent en moyenne 10-15 minutes, un format qui favorise l’enchaînement mais questionne la profondeur à long terme.
2. L’éditeur de donjons : Mario Maker rencontre le hack & slash
Là où King of Meat peut vraiment se distinguer, c’est avec son outil de création. Très vite, on assemble plates-formes, pièges et ennemis par glisser-déposer, avant de tester le niveau à la manette. On apprécie :

- Interface épurée : pas besoin d’être un designer pour bâtir un labyrinthe jouable en quelques minutes.
- Tests et validations : chaque stage créé passe un contrôle automatique pour éviter les impasses ou les bugs bloquants.
- Partage simplifié : intégration directe dans un hub communautaire, compatible PC, consoles et cloud.
Cependant, l’éditeur a encore des limites : les mécaniques complexes (interactions physiques, scripts conditionnels) restent réduites, ce qui peut freiner les créateurs chevronnés. Sur la durée, la diversité des niveaux dépendra de la créativité et de l’investissement de la communauté.
3. Communauté et modèle économique
À l’heure où le free-to-play domine le coopératif, King of Meat adopte un modèle premium à prix fixe. Un choix salutaire selon l’équipe de développement : « On préfère un achat unique, sans microtransactions, et des DLC thématiques qu’on surveille de près. »

Le cross-play et la cross-progression relient PC, PlayStation, Xbox et Switch, renforçant la fluidité des rencontres en ligne. Glowmade encourage également l’organisation de tournois amicaux, avec des classements basés sur les scores « style » et la créativité des donjons. Toutefois, quelques points restent à clarifier :
- Modération et fraude : comment éviter les abus de scripts ou d’outils externes pour gonfler artificiellement les records?
- Durée de vie : absence de cycle « fin de saison » pourrait limiter l’engagement sur le long terme.
4. Contexte de développement et inspirations
Fondé par d’anciens de Media Molecule et Lionhead, Glowmade porte dans son ADN l’amour du jeu créatif et de l’humour décalé. Le studio a misé sur un développement itératif, avec plusieurs vagues de playtests internes – un processus qui a permis de polir l’ergonomie de l’éditeur et de tester les mécaniques de scoring.

Sur le plan artistique, le design outrancier de King of Meat évoque des traits de Borderlands mais transposé à l’arène de l’excès pastel. L’écriture privilégie l’auto-dérision, les dialogues absurdes et des publicités internes parodiques, renforçant l’atmosphère cartoon.
5. Points forts et axes d’amélioration
- Atouts majeurs : dynamique coopérative, rejouabilité boostée par l’éditeur, direction artistique singulière.
- Zones d’ombre : équilibre inégal de certaines armes, profondeur narrative limitée, dépendance à l’implication des créateurs externes.
- Suggestions pour l’avenir : développer des mécaniques avancées pour l’éditeur (événements scriptés, collisions sophistiquées), créer des saisons thématiques pour renouveler l’intérêt.
Conclusion
King of Meat offre une bouffée d’air frais dans le hack & slash coopératif, en combinant spektak’ scoring et laboratoire créatif accessible. Si quelques ajustements d’équilibrage sont encore nécessaires et que la richesse des niveaux dépendra de la communauté, le potentiel est là. En attendant une date de sortie exacte en 2025, ce projet mérite qu’on le suive de près : au croisement du fun immédiat et de la création, il pourrait bien redéfinir nos attentes dans le genre.

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