Retour sur Novo : quand un « petit » jeu trouve enfin sa pleine confiance
Je ne vais pas mentir : j’aimais bien le premier Planet of Lana, mais je ne l’adorais pas. Je l’avais fait sur Xbox via le Game Pass en 2022, en une soirée et demie, et j’en gardais deux souvenirs très clairs : des tableaux peints à la main complètement dingues… et un gros creux de rythme vers le milieu, avec un univers qui donnait envie d’en savoir plus sans vraiment se livrer. Le genre de jeu où tu te dis « c’était chouette », mais que tu ranges vite dans un coin de ta mémoire.
Du coup, j’ai lancé Planet of Lana 2: Children of the Leaf sur PlayStation 5 Pro avec un mélange de curiosité et de méfiance. Suite plus longue, plus orientée lore, nouvelle mécanique aquatique et de possession, sortie partout (PC, PlayStation, Switch, Xbox, Game Pass)… Ça sentait autant la promesse excitante que le potentiel pétard mouillé.
Après un peu plus de 8 heures (une run complète en environ 6-7h, plus quelques chapitres refaits pour récupérer les hologrammes et décrocher le Trophée Platine), je peux dire sans trembler que Wishfully a retenu la leçon. Ce n’est pas juste « plus de Planet of Lana ». C’est une suite plus sûre d’elle, qui corrige la majorité des défauts du premier tout en poussant plus loin ce qu’il faisait de mieux.
Une suite qui croit enfin à son propre lore
Le jeu s’ouvre sur un prologue narré dans la langue alien déjà entendue dans le premier épisode, avec une sorte de conte illustré qui remet en place les événements du 1 tout en semant immédiatement de nouvelles graines de mystère. C’est la seule vraie « narration parlée » du jeu, tout le reste reste dans la tradition du récit muet ou quasi-muet, mais on sent déjà un changement : Planet of Lana 2 veut raconter quelque chose de plus dense.
On retrouve Lana, un peu plus âgée, dans son village de Tailo sur la planète Novo. Les machines ont été repoussées, mais les cicatrices sont partout. Elle s’occupe beaucoup de sa nièce Anua, gamine pleine de vie qui permet d’emblée de voir que le temps a passé. Évidemment, la tranquillité ne va pas durer : une mystérieuse pierre luminescente est découverte non loin du village, Anua se retrouve gravement malade après un incident avec celle-ci, et tout le village retourne sa colère vers Lana, accusée de ne pas avoir su la protéger.
Les guerriers du village, Elo comprise, partent affronter la nouvelle menace. Lana, elle, est mise à l’écart. Sauf que le vieux Rakuen, le sage qu’on croisait déjà dans le premier jeu, va la charger discrètement d’une autre mission : trouver un moyen de sauver Anua. C’est le point de départ d’une aventure qui va beaucoup plus loin que « retrouver quelqu’un ». On plonge cette fois au cœur des origines de Mui, de Novo, et des envahisseurs d’une façon que je n’attendais pas du tout.
Là où le premier jeu frustrait par son côté trop allusif, Planet of Lana 2 assume enfin son univers. Sans être verbeux (il n’y a presque pas de dialogues compréhensibles), il multiplie les situations, les visions, les flashbacks jouables qui t’aident à recoller les morceaux. Le rythme est nettement mieux tenu : je n’ai pas ressenti ce ventre mou que j’avais subi dans le 1. En 6 à 7 heures, le jeu alterne assez habilement exploration calme, puzzles, passages plus tendus et séquences très narratives.
Des mécaniques de puzzle-platformer plus riches… mais toujours accessibles
Sur le papier, Planet of Lana 2 reste un puzzle-platformer 2D très classique : tu cours, tu sautes, tu t’accroupis, tu pousses et tires des caisses, tu grimpes à des cordes, tu actionnes des leviers. Le jeu tient à rester accessible, et la prise en main est immédiate. Là où ça devient intéressant, c’est dans ce que la suite ajoute par-dessus sans jamais t’écraser de systèmes.
Dès le prologue, Lana peut désormais nager et plonger. Ça paraît anodin, mais ça change beaucoup de choses. Tu dois gérer ton oxygène, apprendre à lire le décor sous l’eau, profiter des algues comme repères visuels, trouver des poches d’air discrètes. La première fois que je me suis retrouvé dans une grotte aquatique qui s’effondre, à alterner entre « faire passer Mui sur un radeau de nénuphars » et « replonger pour ouvrir un passage », j’ai senti la petite montée de stress qu’on n’avait quasiment jamais dans le premier.
Mui, de son côté, a reçu un gros buff de polyvalence. On peut toujours lui donner des ordres (suivre, attendre, se faufiler dans un trou, activer un bouton), mais le système a été élargi : on peut désormais pointer précisément n’importe où sur l’écran pour lui indiquer une destination, ce qui rend certains puzzles bien plus ouverts. J’ai adoré ces séquences où je faisais rester Lana planquée dans l’ombre pendant que Mui allait activer une dalle à l’autre bout de l’arène, en jonglant avec les faisceaux des machines.
La vraie nouveauté toutefois, c’est la possession de créatures. Via Mui, tu peux maintenant prendre le contrôle de bestioles locales : des poissons d’encre qui obscurcissent la vision ou perturbent des machines, et surtout ces sortes de boules blanches organiques qui roulent et laissent derrière elles une matière inflammable. À partir de là, les développeurs se sont fait plaisir : puzzles où tu dois dessiner un chemin de feu, brûler un obstacle sans te piéger toi-même, ou encore synchroniser l’allumage avec un mouvement de plateforme.

Je me souviens d’une salle en particulier où j’ai passé un bon quart d’heure à tester des combinaisons : placer cette substance au bon endroit, réorienter un rayon, recalculer l’ordre dans lequel j’allumais les torches… Sans jamais devenir punitif, le jeu me demandait enfin d’observer vraiment le décor plutôt que d’appliquer mécaniquement les solutions du premier opus. Ce n’est pas The Talos Principle, mais on sent une vraie montée en ambition.
Cela dit, il ne faut pas s’attendre à une révolution structurelle : pas mal d’idées du 1 reviennent, juste mieux emballées. Les puzzles de distraction d’ennemis, de caisses à déplacer, de timings sur les plates-formes mobiles, tout ça est toujours là. Comme je suis passé directement du 1 au 2, j’ai parfois eu un petit sentiment de déjà-vu, mais les nouveaux contextes (l’eau, la possession, les environnements plus variés) suffisent à éviter la lassitude.
Niveau difficulté, la courbe reste très douce. Je suis mort assez souvent, mais c’est plus du die & retry à la Limbo que du puzzle infâme à s’arracher les cheveux. Les checkpoints sont ultra fréquents, le respawn est quasi instantané sur PS5 Pro, et on n’a jamais l’impression de perdre du temps en cas d’erreur. Quelques séquences de fuite m’ont quand même demandé 4 ou 5 essais (particulièrement une course-poursuite aquatique avec une créature qui surgit des abysses), mais ça reste bien calibré.
Lana & Mui : un duo toujours central, mais moins mis en lumière
Ce que j’aimais le plus dans le premier jeu, c’était la relation quasi muette mais hyper expressives entre Lana et Mui. Cette façon qu’elles avaient de se rassurer par de petits gestes, le fait qu’aucune ne pouvait avancer sans l’autre… C’était le cœur émotionnel du truc.
Dans Planet of Lana 2, ce lien existe toujours – et il est même narrativement encore plus important – mais j’ai parfois eu l’impression qu’il passait un peu derrière le reste. Le jeu a beaucoup plus de choses à raconter : l’origine de Mui, les envahisseurs, le futur de Lana et de son peuple. Résultat, certaines séquences séparent le duo, ou les mettent dans des contextes où leur relation passe au second plan.
On retrouve quand même des moments très tendres. Le fait de pouvoir « papouiller » Mui à volonté en appuyant sur un bouton est un détail, mais je me suis surpris à le faire régulièrement, juste pour le plaisir de voir les animations. Il y a même des trophées cachés liés à ça, ce qui montre que les développeurs sont conscients de cette attente. Mais j’aurais aimé un peu plus de scènes gratuites, juste pour construire leur complicité, entre deux gros morceaux de lore.
Autre point qui divisera forcément : la narration reste très elliptique. Oui, on a plus d’éléments que dans le 1, notamment via les hologrammes à collecter et les segments jouables centrés sur le passé de Mui. Mais beaucoup de choses restent dans l’implicite, et la langue inventée empêche tout confort de compréhension totale. Personnellement, j’aime bien devoir recoller les morceaux dans ma tête, mais je sais que certain·es vont arriver au générique en se demandant « Est-ce que j’ai raté un truc ? ».
La fin, sans spoiler, est surprenamment ouverte et laisse clairement la porte grande ouverte à un troisième épisode, qui pourrait changer drastiquement l’échelle du récit. En posant la manette, j’avais à la fois la satisfaction d’avoir eu enfin des réponses, et la frustration douce de voir ces deux personnages être poussés vers quelque chose de plus grand, sans pouvoir encore y accéder.

Une 2D peinte à la main au sommet… et une bande-son qui donne des frissons
Visuellement, le premier Planet of Lana était déjà très fort. Cette suite, pour moi, pousse tout d’un cran. Les décors sont toujours entièrement dessinés à la main, mais la variété est nettement plus grande. Sur ma run, je suis passé de steppes glacées balayées par un vent mordant à des forêts tropicales saturées de verts profonds, en traversant des falaises rocheuses, des cavernes bioluminescentes, et même une grande zone urbaine dont je préfère taire les détails pour éviter les spoilers.
Il se passe constamment quelque chose à l’écran. Au premier plan, de petits animaux courent, fouillent, fuient quand tu approches. En arrière-plan, les nuages s’effilochent, des machines traversent l’horizon, des météores tombent au loin. La parallax est utilisée à fond pour donner l’illusion d’un monde énorme, vivant, qui continue à exister même quand Lana n’est pas là.
Il y a eu un moment où j’ai littéralement posé la manette pour juste regarder : Lana et Mui, minuscules sur une crête, avec un ciel violet crevé de dizaines d’étoiles et les ombres des machines qui se détachaient au loin. Rien ne se passait en termes de gameplay, mais la composition du plan, la lumière, les teintes… C’était le genre de tableau que j’aurais bien accroché au mur.
Côté son, Takeshi Furukawa rempile à la composition et ça s’entend. La bande-son est plus présente, plus variée, tout en gardant ce mélange de cordes douces, de piano et de nappes discrètes qui collent si bien à cet univers onirique. Les leitmotivs reviennent par petites touches, parfois déformés, parfois joués très simplement au piano, et créent un lien émotionnel assez fort entre les deux jeux.
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la manière dont le jeu joue avec le silence. Beaucoup de puzzles et de traversées se font avec uniquement les bruits de pas, le vent dans les feuilles, les crissements de la faune locale. Quand la musique revient, c’est presque toujours pour souligner un moment-clé : l’apparition d’un nouveau lieu, un changement dans la relation Lana/Mui, un danger soudain. Sur la fin, un thème orchestral en particulier m’a scotché, avec une montée en puissance qui m’a filé de vrais frissons.
Technique, confort et petits accrocs sur PS5 Pro
Sur le plan technique, je n’ai presque rien à reprocher à Planet of Lana 2 dans sa version PS5 Pro. L’image est nette, les couleurs claquent sans jamais virer au fluo, et le framerate m’a semblé stable à 60 images/seconde quasiment tout du long. Quelques micro-ralentissements sur des transitions très chargées en effets de profondeur, mais rien qui casse le rythme ou les timings des puzzles.
Les chargements sont très courts, voire inexistants en jeu. Le respawn après une mort est quasi instantané, ce qui renforce ce côté die & retry confortable. J’ai eu deux ou trois petits bugs de physique pendant mes 8 heures : une fois où Lana est restée accrochée à un rebord sans vouloir lâcher, une autre où Mui s’est coincée dans un décor et a nécessité un reset de checkpoint. Rien de dramatique, mais ça m’a rappelé que la physique reste parfois un peu capricieuse dans les sauts au pixel près.
La maniabilité est en revanche très propre : la latence est quasi imperceptible, et on sent bien le poids de Lana dans ses petites courses paniquées ou ses glissades sur terrains en pente. Ce n’est pas un jeu de précision à la Celeste, mais il y a une cohérence dans la façon dont le personnage répond qui fait qu’on accepte assez facilement la mort comme « c’est moi qui ai foiré », pas comme un problème du jeu.
Côté options, le jeu reste très sobre. Il n’y a pas de difficulté à choisir, mais honnêtement, vu la générosité des checkpoints, c’est largement jouable même pour des joueurs peu habitués au genre. On retrouve les réglages de base pour l’audio, et comme il y a très peu de texte, la question des sous-titres est presque anecdotique. J’aurais aimé voir un peu plus d’options d’accessibilité (guidage visuel des éléments interactifs, par exemple), mais vu la lisibilité globale de l’interface et du level design, ce n’est jamais bloquant.

Un format parfait pour le Game Pass… mais pas seulement
Avec sa durée de vie compacte, ses 6-7 heures bien tassées pour une première run, Planet of Lana 2 est typiquement le jeu qui fait merveille sur un service comme le Xbox Game Pass : tu le télécharges, tu le fais sur un week-end, et tu as l’impression d’avoir vécu un vrai petit voyage complet.
Mais ce serait le réduire de le cantonner à ça. La sortie simultanée sur PC, PlayStation 4 et 5, Switch et Switch 2, Xbox Series X|S le rend aussi beaucoup plus accessible que son aîné, qui avait eu une fenêtre Xbox/PC assez marquée. Sur PS5 Pro, j’ai vraiment apprécié de vivre ça posé dans le canapé, en mode « un chapitre par soir ».
Pour celles et ceux qui aiment chasser les Trophées/Succès, le 100% est très envisageable : la plupart des objectifs tombent naturellement en jouant, et le plus gros du boulot consiste à trouver tous les hologrammes. Certains sont bien planqués, d’autres demandent juste de sortir légèrement du chemin principal. En rejouant quelques chapitres depuis le menu, j’ai complété le tout sans jamais avoir l’impression de grinder artificiellement.
Si vous cherchez en revanche un jeu très difficile, ou un platformer ultra libre avec exploration non linéaire, vous risquez de rester sur votre faim. Planet of Lana 2 reste ultra linéaire, très mis en scène, très guidé. Pour moi, c’est assumé : c’est plus proche d’un film d’animation jouable que d’un Metroidvania. Mais il faut le savoir avant de se lancer.
Verdict : une vraie montée en puissance pour la série
Après mes 8 heures sur Novo et ailleurs, j’ai vraiment eu le sentiment de voir un studio qui gagne en maturité. Planet of Lana 2: Children of the Leaf ne renie rien de ce qu’était le premier épisode : un puzzle-platformer doux, contemplatif, au duo central attachant. Mais il corrige beaucoup de ses faiblesses (le rythme, le manque de lore, la variété limitée des situations) tout en poussant beaucoup plus loin sa direction artistique et ses mécaniques de puzzles.
Tout n’est pas parfait : j’aurais aimé que la relation entre Lana et Mui soit encore plus exploitée, que certains puzzles s’éloignent davantage des schémas du premier, et que la narration soit un poil moins nébuleuse pour les joueurs qui n’ont pas envie de théoriser pendant une heure après le générique. Mais malgré ces réserves, j’ai quitté le jeu avec cette sensation rare d’avoir vécu un petit voyage cohérent, touchant et superbe à regarder.
Si vous aviez aimé le premier tout en lui reprochant ses creux de rythme, cette suite est quasiment un no-brainer. Si vous découvrez la série, vous pouvez techniquement commencer par celui-ci (le résumé du début fait le job), mais vous passerez à côté de quelques résonances émotionnelles. Dans tous les cas, pour peu que vous ayez un faible pour les puzzles posés, les univers peints à la main et les histoires racontées en creux, Planet of Lana 2 mérite clairement sa place sur votre disque dur.
Note FinalBoss : 8,5 / 10
TL;DR – Planet of Lana 2 en résumé
- Durée idéale : 6-7h pour finir, 8h pour le 100%, sans gros temps mort.
- Lore enfin développé : passé de Mui, origines des envahisseurs, futur de Lana… plein de réponses, mais aussi des questions pour un potentiel 3e épisode.
- Puzzles enrichis : nage, plongée, possession de créatures, gros travail sur les environnements aquatiques.
- Direction artistique somptueuse : 2D peinte à la main, variété de biomes, mise en scène très soignée.
- Bande-son de haute volée : retour de Takeshi Furukawa, thèmes mémorables, usage malin du silence.
- Quelques bémols : relation Lana/Mui un peu en retrait par moments, puzzles parfois trop familiers pour les vétérans du 1, narration toujours très elliptique.
Un puzzle-platformer 2D plus ambitieux et plus sûr de lui, qui sublime la formule du premier épisode sans la trahir. Si vous avez un Game Pass, il mérite clairement le téléchargement. Et même en dehors de l’abonnement, c’est un de ces jeux « moyens formats » qui marquent bien plus qu’un open world de 80 heures.

Laisser un commentaire