Deux mois avec le Razer Raiju V3 Pro : comment j’ai (presque) oublié le DualSense
Je me souviens encore de l’époque où acheter un pad tiers, c’était un peu comme prendre une manette de la borne d’arcade du supermarché : plastique creux, croix directionnelle approximative et câble prêt à lâcher. Aujourd’hui, on en est très loin. Entre les licences officielles et les marques qui poussent la techno plus vite que Sony ou Microsoft, les manettes “pro” sont devenues des vraies alternatives. Et dans ce petit club, le Razer Raiju V3 Pro est clairement venu frapper à la porte de mon DualSense.
J’ai passé un peu plus de deux mois avec ce Raiju V3 Pro branché en permanence sur ma vie de joueur : PS5 dans le salon, PC sur le bureau. Au programme : Ghost of Yotei pour le côté action-aventure à la troisième personne, Marvel Rivals pour le tryhard multi, et Resident Evil Requiem pour voir ce que donne le pad sur un jeu où la tension et le feeling des armes sont essentiels.
De base, je suis totalement team DualSense. Pour moi, c’est encore le meilleur pad “grand public” actuel pour deux raisons très simples : les gatillos adaptatifs et la rétroaction haptique. C’est le seul pad qui m’a vraiment donné l’impression que le contrôleur faisait partie de la mise en scène. Du coup, pour qu’un autre contrôleur me fasse le ranger dans un tiroir, il faut y aller très, très fort.
Et pourtant, au bout de quelques semaines avec le Razer Raiju V3 Pro, je me suis surpris à chercher le DualSense… pour constater qu’il était posé, déchargé, en arrière-plan. Le Raiju avait pris sa place par simple confort d’usage, ce qui est probablement le plus gros compliment qu’on puisse faire à un pad concurrençant un modèle officiel.
Prise en main : un pad dense, sérieux, mais étonnamment confortable
Première rencontre, sortie du coffret rigide : le Raiju V3 Pro ne fait pas dans le jouet. Il affiche environ 258 g sur la balance, et on les sent. Là où certains pads tiers misent sur la légèreté à tout prix, Razer a décidé d’assumer une certaine densité. En main, ça se traduit par une impression de solidité immédiate, presque “outil de travail” plus que gadget.
Changement intéressant par rapport aux Wolverine de Razer : on passe à un layout symétrique à la PlayStation, avec les sticks alignés façon DualSense. Pour quelqu’un qui a grandi sur les manettes Sony, l’adaptation est instantanée. Les “cornes” de la manette sont un peu plus courtes que sur le DualSense, ce qui oblige à un grip plus fermé. Sur le papier, ça parait anecdotique, mais sur de longues sessions ça change tout : j’ai senti moins de tension dans les doigts, surtout en jouant allongé, manette posée un peu plus bas sur le torse.
La texture est discrètement granuleuse sur l’arrière, pas aussi marquée qu’un pad Xbox Elite, mais largement suffisante pour éviter la sensation “main poisseuse qui glisse” après deux heures de Marvel Rivals sous pression. Après une session de 4 heures sur Ghost of Yotei un soir de week-end, je n’ai pas eu ce réflexe automatique de reposer la manette juste pour “dégourdir” mes doigts.
Visuellement, on reste dans le look Razer sobre : noir mat, lignes propres, pas de gros délire RGB qui clignote dans tous les sens. Ça reste un pad PlayStation dans l’âme, mais en version “édition collector premium”. Clairement pas le genre de manette que tu confies à ton petit cousin de 6 ans pour qu’il joue à des jeux de voitures.
Boutons Mecha‑Tactiles et sticks TMR : quand chaque entrée devient chirurgicale
Le premier truc qui m’a frappé en jeu, c’est le clic. Les boutons principaux (croix, rond, carré, triangle) utilisent les switchs Mecha‑Tactiles de Razer, avec un très court débattement d’environ 0,65 mm. Sur le DualSense, on est plus proche de 1,2-1,5 mm. Dit comme ça, ça paraît minime, mais en pratique la différence est nette : ici, le déclenchement est quasi instantané, avec un clic précis façon micro-switch, là où le DualSense garde un côté plus “souple” et progressif.
Sur Marvel Rivals, ça se ressent immédiatement : spammer une capacité, enchaîner un dash puis une esquive, tout devient plus sec, plus “digital”. Je me suis surpris à rater quelques inputs au tout début parce que je gardais l’habitude d’“enfoncer” le bouton comme sur un DualSense. Une fois le cerveau recalibré, le rythme d’exécution est un poil plus rapide, surtout sur les actions répétitives (tir secondaire, reload, roulades).
Là où le Raiju V3 Pro bascule vraiment dans le domaine compétitif, c’est avec ses sticks analogiques TMR (Tunneling Magnetoresistance). En gros, pour vulgariser, Razer utilise des capteurs magnétiques sans contact mécanique, ce qui élimine l’usure classique des sticks à potentiomètre. Concrètement : pas de drift lié à une pièce qui frotte et s’use.
Au début, j’avais un peu peur du discours marketing “sans zone morte interne”. En FPS, une zone morte mal calibrée, c’est soit un viseur qui se met à bouger au moindre souffle, soit une sensation pâteuse. Ici, la surprise est bonne : le centre est ultra stable. Sur Marvel Rivals, je pouvais poser doucement le pouce et ajuster la visée par micro-corrections sans que la caméra ne parte en vacances toute seule. Sur Resident Evil Requiem, les micro-ajustements pour viser la tête d’un zombie sont clairement plus faciles à gérer qu’avec les sticks ALPS classiques de Sony.

Ce qui m’a marqué après une dizaine d’heures, c’est surtout la linéarité du mouvement. Pas de sensation de “creux” au centre ou de point où la cam s’emballe d’un coup. C’est particulièrement appréciable sur PC quand on commence à jouer avec la sensibilité dans les menus, parce qu’on sent que le stick suit ce qu’on lui demande, sans surprise.
Est-ce que ça change la vie si on ne joue qu’à des jeux solo narratifs ? Honnêtement, moins. Mais si tu passes beaucoup de temps en multi compétitif, la somme de petits gains de précision commence à faire la différence sur la durée, et surtout la promesse “pas de drift” a un goût très particulier quand tu as déjà renvoyé un DualSense au SAV après 18 mois.
Gâchettes HyperTriggers Hall Effect et palettes : le mode tryhard toujours prêt
À l’arrière, le Raiju V3 Pro coche toutes les cases du pad “pro” moderne : quatre palettes détachables sous les doigts et deux boutons supplémentaires près des gâchettes. La disposition est classique, mais efficace. Je les ai rapidement mappées ainsi sur PS5 : saut et rechargement sur les palettes du bas, changement d’arme et mêlée sur celles du haut. Résultat : en multi, mes pouces quittent quasiment jamais les sticks.
Les gâchettes principales utilisent des HyperTriggers avec technologie Hall Effect. L’idée de Razer est claire : offrir un déclenchement ultra court façon clic de souris quand tu en as besoin, tout en gardant une vraie gâchette analogique pour les jeux qui le demandent. En main, ça se traduit par un point d’activation très franc et très proche du début de la course.
Sur Marvel Rivals, ça fait une vraie différence pour les armes semi-auto : on peut enchaîner les tirs comme un malade sans avoir la sensation de tirer un élastique à chaque pression. À l’inverse, sur Ghost of Yotei, où je passe mon temps à gérer sprint, visée à l’arc et compétences, j’ai préféré garder un usage plus classique des gâchettes, juste pour retrouver ce feeling de progression dans la pression.
Est-ce que ça “émule vraiment un clic de souris” comme le vend le marketing ? Pas tout à fait. Un bon switch de souris gaming reste plus sec et plus court. Mais le Raiju s’en approche suffisamment pour que ça change la façon dont on appuie, et surtout, les Hall Effect ont l’avantage d’éviter, là aussi, l’usure liée au frottement interne.
Petit point appréciable : même au bout de longues sessions, aucune gêne sur les doigts avec les palettes. Certaines manettes “pro” ont ce défaut d’avoir des palettes trop proéminentes qui finissent par irriter le dessous des majeurs. Ici, au bout de deux semaines je ne les remarquais même plus, ce qui est le meilleur signe possible.

Pas de haptiques ni de gâchettes adaptatives : un vrai manque… ou pas ?
C’est le plus gros compromis du Razer Raiju V3 Pro : adieu la magie du DualSense. Pas de retour haptique avancé, pas de gâchettes adaptatives motorisées. On revient à une vibration “classique” mais plutôt puissante, sans la finesse et les variations que Sony a apportées sur ses exclus.
Sur Marvel Rivals, pour être honnête, ça ne m’a pas manqué. Dans le feu d’un match multi, je préfère largement avoir une latence minime, des entrées ultra nettes et une manette qui ne me trahit pas, plutôt que des vibrations sophistiquées. Le feedback simple mais costaud du Raiju suffit pour communiquer les explosions, les dégâts, les coups.
En revanche, sur Resident Evil Requiem, la différence m’a sauté au visage. Perdre la résistance progressive de la gâchette quand on arme un fusil à pompe, ou les micro-vibrations spécifiques à chaque arme, ça enlève une couche de tension. L’horreur reste là, le sound design fait le taf, mais le côté “cinématique tactile” disparaît clairement.
Je me suis retrouvé à alterner entre les deux manettes selon le type de jeu : Raiju pour les jeux multi et compétitifs, DualSense pour les exclus Sony cinématiques où la mise en scène tactile fait partie du plaisir. Et c’est probablement la meilleure façon de résumer la philosophie de ce pad : Razer privilégie l’efficacité et la lisibilité des retours à l’immersion sensorielle ultra travaillée.
HyperSpeed Wireless, appli mobile et autonomie monstrueuse
Sur la partie technique, Razer reste dans son domaine de prédilection. Le Raiju V3 Pro utilise la techno HyperSpeed Wireless, via un dongle USB, pour réduire au minimum la latence. En pratique, que ce soit sur PS5 ou sur PC, je n’ai jamais ressenti de décrochage ni de retard perceptible, même en comparant directement avec mon DualSense branché en USB sur le PC.
L’autre gros morceau, c’est l’autonomie. Là où mon DualSense de base commence à réclamer une prise après 6-7 heures (et un Edge fait souvent pire), Razer annonce jusqu’à 30 heures en sans-fil pour le Raiju V3 Pro. Est-ce que j’ai sorti le chronomètre pour vérifier chaque minute ? Non. Mais après un week-end à enchaîner Marvel Rivals le samedi et Ghost of Yotei le dimanche, avec plus de 10 heures cumulées, la manette n’avait toujours pas crié famine.
À partir de là, j’ai arrêté de compter. Le simple fait de ne plus penser à la batterie est déjà un confort énorme. Je branchais le pad une fois de temps en temps “au cas où”, mais je n’ai jamais eu ce moment pénible où la manette s’éteint pile au milieu d’un boss ou d’un match classé. C’est l’un des vrais points où le Raiju humilie littéralement le DualSense.
Razer propose aussi une gestion via appli mobile. Ce n’est pas indispensable, mais pratique : remappage des boutons (y compris palettes), ajustement de la sensibilité des sticks, réglage de l’intensité de la vibration, sauvegarde de profils. J’ai fini avec un profil “solo chill” (vibration plus forte, gâchettes plus progressives) et un profil “multi” où tout est plus sec, avec les palettes vraiment mises à contribution.
Qualité de fabrication et longévité : la fin du drift, pour de vrai ?
Deux mois, ce n’est pas assez pour juger de la durée de vie d’une manette, mais c’est suffisant pour repérer les faiblesses évidentes. Sur mon exemplaire, aucun jeu dans les sticks, aucun clac suspect dans la coque, pas de bouton qui commence à accrocher ou à perdre sa fermeté.

La vraie promesse, elle est côté techno : sticks TMR sans contact et gâchettes Hall Effect, donc moins de pièces qui frottent, s’usent et finissent par générer du drift ou des zones mortes absurdes. Évidemment, seul le temps dira si cette génération de pads tiendra mieux que nos pauvres DualSense et Joy-Con, mais sur le papier comme en sensation, on sent une volonté claire de penser long terme.
Pour quelqu’un qui joue beaucoup sur plusieurs plateformes, ça compte. C’est ce côté “tu poses le pad sur ton bureau et tu sais qu’il va faire le taf pendant des années” qui m’a rappelé certains vieux pads filaires PC increvables… mais avec la techno 2026 en plus.
Face au DualSense (et aux autres) : pour qui ce Raiju V3 Pro a vraiment du sens ?
Tout le monde ne devrait pas mettre plus de 200 € dans une manette, et Razer ne cherche clairement pas à convaincre “tout le monde”. Affiché à 209,99 €, le Raiju V3 Pro se place dans le segment premium pur et dur, épaules contre épaules avec les manettes “pro” les plus chères du marché.
Si tu joues surtout à des exclus Sony solo, que tu adores la haptique d’Astro’s Playroom, de Crimson Desert ou de God of War, et que tu ne fais que du multi de temps en temps avec tes potes, le DualSense reste le meilleur rapport plaisir/prix. Tu perds énormément de saveur en abandonnant les fonctionnalités propriétaires des jeux PS5 conçus pour lui.
En revanche, si :
- tu alternes vraiment entre PS5 et PC,
- tu joues beaucoup en compétitif (FPS, hero shooters, jeux de combat),
- tu en as marre de vivre dans la peur du drift,
- et tu veux une manette qui tienne un week-end entier sans recharge,
là, le Raiju V3 Pro devient beaucoup plus intéressant. Dans cette niche-là, il remplace très facilement un DualSense, et même un DualSense Edge, que je trouve beaucoup moins convaincant en autonomie et en confort sur la durée.
Par rapport à d’autres pads compétitifs récents (comme certains modèles Asus orientés e-sport), le Raiju mise moins sur les gadgets voyants et plus sur le trio sticks TMR + HyperTriggers Hall Effect + autonomie. C’est un pad qui ne cherche pas à t’embarquer dans un écosystème compliqué, mais plutôt à devenir ton “daily driver” fiable, que ce soit sur PS5 ou sur PC.
Verdict : un monstre de fiabilité pour ceux qui peuvent vivre sans la magie du DualSense
Après ces deux mois, mon équilibre perso est simple : le DualSense reste ma manette de référence pour tout ce qui touche aux grosses exclus solo de Sony, là où la haptique et les gâchettes adaptatives sont presque des personnages à part entière. Mais pour tout le reste, et en particulier pour le multi et le jeu sur PC, le Razer Raiju V3 Pro a pris la première place.
Ce qui m’a fait basculer, ce n’est pas une feature isolée, mais la combinaison de :
- la précision des sticks TMR et l’absence de drift,
- les boutons Mecha‑Tactiles qui rendent chaque entrée nette et rapide,
- les HyperTriggers Hall Effect très agréables en multi,
- les palettes arrière bien pensées,
- et surtout l’autonomie qui enterre littéralement le DualSense.
Oui, le prix pique. Oui, l’absence de haptiques avancées est un vrai pas en arrière pour certains jeux. Mais si ta priorité absolue, c’est la fiabilité mécanique, la précision des entrées et la tranquillité côté batterie, le Raiju V3 Pro devient une référence très solide sur PS5 et PC.
Note FinalBoss : 8,5 / 10. Un pad premium qui assume totalement de sacrifier le spectacle sensoriel pour devenir une machine à inputs précise, endurante et pensée pour jouer longtemps, très longtemps.
TL;DR – Razer Raiju V3 Pro en 7 points
- Prise en main : 258 g bien répartis, layout symétrique type PlayStation, très confortable sur la durée.
- Boutons : Mecha‑Tactiles ultra réactifs (0,65 mm de course), feeling plus sec que le DualSense.
- Sticks TMR : capteurs magnétiques sans contact, pas de drift, centre très stable, visée plus linéaire.
- Gâchettes & palettes : HyperTriggers Hall Effect rapides, 4 palettes détachables + 2 boutons supplémentaires pour le compétitif.
- Pas de haptiques / adaptatifs : vibrations classiques puissantes, mais perte nette de la “magie” des jeux pensés pour le DualSense.
- Autonomie & sans-fil : HyperSpeed Wireless très réactif, jusqu’à 30 h annoncées, en pratique on ne pense plus jamais à la batterie.
- Prix & public visé : 209,99 €, clairement pour les joueurs PS5/PC qui priorisent la précision, la durabilité et le multi plutôt que le spectacle haptique.

Leave a Reply