Capcom doit arrêter de snober Devil May Cry : après Pragmata, il faut un nouveau DMC

Je viens de finir Devil May Cry 5… et je suis furieux du silence de Capcom

Je vais être honnête : j’ai terminé Devil May Cry 5 bien trop tard. Des années après tout le monde. Mais c’est peut-être pour ça que la claque est encore plus violente aujourd’hui. J’ai posé la manette après le générique, encore en train de fredonner “Devil Trigger”, et la première chose que j’ai faite, c’est d’ouvrir mon navigateur pour voir ce que Capcom préparait pour la suite. Un DMC6 ? Un spin-off Nero ? Un remake ambitieux de DMC1 façon Resident Evil 2 ?

Et là, mur de briques. Rien. Sept ans de néant depuis 2019, à part une présence mobile anecdotique. Dans le même laps de temps, Resident Evil a eu un nouvel épisode solo monumental, plusieurs remakes, un jeu multi, un gros DLC, et maintenant encore Requiem et son futur DLC narratif. Pendant que la team Resident Evil enchaîne les sorties et les extensions, la famille Devil May Cry est laissée dans un coin comme un vieux trophée poussiéreux.

Ça me rend dingue parce que Devil May Cry, pour moi, ce n’est pas juste “un bon character action de plus”. C’est une des séries qui a façonné ma façon de jouer. J’ai poncé la démo du premier DMC sur PS2 à l’époque comme un malade, j’ai passé mon adolescence à mourir en boucle sur DMC3 jusqu’à ce que les S s’alignent, et j’ai retrouvé ce même feu avec DMC5. Quand un jeu te donne envie de relancer des missions juste pour perfectionner un combo qui ne sert strictement à rien d’autre qu’à avoir la classe, tu sais qu’il a touché quelque chose de fondamental chez toi.

DMC5, un cliffhanger en or laissé en plan depuis 2019

Ce qui me rend encore plus dingue, c’est à quel point Devil May Cry 5 se termine sur une rampe de lancement idéale pour une suite. Sans spoiler dans le détail, le destin de Dante et Vergil est littéralement une invitation ouverte à continuer. Leur relation est à un tournant passionnant, Nero est enfin complètement assumé comme pilier de la série, et toute la bande – Trish, Lady, Nico – a encore mille choses à vivre. On n’est pas sur une conclusion définitive, on est sur un “OK, et maintenant, voyons jusqu’où on peut aller”.

En plus, DMC5 a prouvé que la formule n’est pas du tout dépassée. Le RE Engine explose à l’écran, le feeling des armes est ultra moderne, la mise en scène tape un niveau de délire parfaitement assumé, et la structure du jeu laisse encore de la place pour expérimenter. Quand je repense à mes runs en mode Dante Must Die, à jongler entre Devil Breakers de Nero ou à alterner les styles de Dante à la volée, je me dis qu’on tient une base plus solide en 2026 que la plupart des « nouveaux » action games qui sortent aujourd’hui.

Et pourtant, depuis sa sortie, silence radio. Pas de vrai spin-off solo, pas de gros DLC narratif, pas d’annonce claire de suite. Capcom a même rappelé en décembre que Devil May Cry faisait désormais partie de ses “core IP”, en gros ses séries centrales au même titre que Resident Evil ou Monster Hunter. Très bien. Mais si une IP “centrale” peut rester plus de sept ans sans nouvel épisode ni remake sérieux, ça veut dire quoi, au juste, chez eux, “core IP” ?

Oui, Resident Evil cartonne. Mais ça n’excuse pas tout.

Je ne suis pas en train de dire que Capcom aurait dû ralentir sur Resident Evil. Au contraire, je suis le premier à reconnaître que le revival de la série est une masterclass. Depuis Resident Evil 7, on a enchaîné les bons coups : RE2 remake qui redéfinit la barre, RE4 remake qui montre comment rafraîchir un chef-d’œuvre sans le trahir, et maintenant Requiem qui mélange FPS horrifique et action à la RE4 de façon ultra efficace. Les ventes suivent, les critiques sont bonnes, les fans sont servis. Très bien, bravo, champagne.

Mais c’est là que ça commence à m’agacer : on dirait que le succès de Resident Evil sert aussi de prétexte pour ne rien faire côté Devil May Cry. Tout le monde a l’air de se dire “tant que les zombies rapportent, pourquoi s’embêter avec les démons ?”. Sauf que l’industrie tourne en rond quand les éditeurs s’obsèdent sur une seule poule aux œufs d’or. Capcom a un luxe que d’autres n’ont pas : plusieurs licences fortes, qui ne se cannibalisent pas, avec des ADN complètement différents. Resident Evil nourrit la soif d’horreur et de tension. Devil May Cry nourrit un autre besoin : celui de la maîtrise, du style, de l’exubérance.

Et c’est justement parce que Resident Evil est en pleine santé que Capcom really needs à redonner de l’oxygène à Devil May Cry. Ce n’est pas une série à sauver du cimetière, c’est une série qui attend dans les coulisses alors que le rideau est déjà levé. DMC5 a vendu correctement, la fanbase est toujours là, les vidéos de combos continuent de tourner, et l’appétit pour les jeux d’action exigeants n’a jamais disparu. Laisser ça moisir, c’est du gâchis pur et simple.

Screenshot from Devil May Cry 5: Deluxe Edition + Vergil
Screenshot from Devil May Cry 5: Deluxe Edition + Vergil

Pragmata arrive : la fenêtre parfaite pour ressortir DMC des limbes

La bonne nouvelle, c’est qu’on arrive à un moment charnière. Pragmata sort enfin le 17 avril 2026 sur les machines actuelles, avec une version Switch 2 le 24 avril. Après des années de reports et de silence, Capcom va finalement pouvoir tourner la page “le nouveau truc mystérieux de la maison” et mesurer la réception d’une nouvelle licence ambitieuse. S’ils jouent bien leurs cartes, Pragmata peut devenir un nouveau pilier à côté de Resident Evil, Monster Hunter, Street Fighter… et Devil May Cry.

Justement : c’est là que ça devient stratégique. Une fois Pragmata lancé et digéré, la question logique que tout le monde va se poser c’est : “Et maintenant, quoi ?”. On sait que Resident Evil va continuer à tourner avec des DLC, des spin-offs, peut-être un nouveau remake ou un RE9 dans quelques années. On sait que Monster Hunter Stories 3 arrive, que Street Fighter 6 continue de vivre avec ses saisons de persos (Alex, etc.). Mais le prochain « gros reveal » qui fera vibrer les joueurs core, si ce n’est pas Devil May Cry, ce sera quoi ? Un énième remake ou une compilation ? Sérieusement ?

Capcom a une opportunité en or : capitaliser sur le buzz de Pragmata, puis balancer un message clair aux fans de jeux d’action : “On ne vous a pas oubliés, DMC revient.” Et le timing parfait pour ça, il a déjà un nom : le Summer Game Fest. Tout le monde guette, les éditeurs y claquent leurs trailers les plus bankables, et Capcom a l’habitude de frapper fort dans ces rendez-vous. Imaginer un teaser de DMC6 ou un remake de DMC1 qui claque en plein show, après des années de mutisme, ce serait un injection d’adrénaline immédiate dans l’image de la marque.

Suite directe ou remake total : Capcom doit choisir, pas procrastiner

La vraie question, ce n’est pas “faut-il un nouveau Devil May Cry ?”, c’est “par quoi commencer ?”. Et là, je suis partagé, mais pas hésitant sur le fond : il faut les deux, à terme. D’un côté, DMC5 a posé un cliffhanger qu’il faut absolument exploiter. On veut voir jusqu’où Dante et Vergil peuvent aller dans ce duo improbable, on veut un Nero pleinement au centre de la scène, on veut comprendre ce qu’il advient du monde après le chaos de Red Grave. Une suite directe a tout le matos scénaristique nécessaire, et le gameplay est déjà là pour servir de base.

De l’autre, les premiers Devil May Cry ont vieilli. J’y suis attaché comme un malade, mais je ne vais pas faire semblant : proposer DMC1 tel quel à un public 2026, même avec une HD Collection, c’est violent. Caméra rigide, contrôles datés, QOL aux abonnés absents… C’est de l’archéologie jouable, pas une vraie porte d’entrée. Quand on voit ce que Capcom a fait pour moderniser Resident Evil 2 sans le trahir, difficile de ne pas rêver du même traitement pour l’arrivée de Dante sur l’île de Mallet. Revoir ce manoir-gothique-avec-des-démons sous RE Engine, avec un combat contre Nelo Angelo repensé, ce serait juste monstrueux.

Screenshot from Devil May Cry 5: Deluxe Edition + Vergil
Screenshot from Devil May Cry 5: Deluxe Edition + Vergil

Pour moi, le move malin serait clair :

  • Lancer d’abord un remake ambitieux de DMC1, pensé comme un reboot d’accès pour une nouvelle génération, avec les standards modernes de lisibilité, de caméra, de confort, mais la même folie esthétique.
  • En parallèle, teaser le développement de DMC6 qui continue directement après DMC5, histoire de dire aux vétérans : “On n’a pas oublié où on en était, vous aurez la suite.”

Capcom a déjà prouvé qu’ils peuvent marcher et mâcher du chewing-gum en même temps : gérer des remakes RE tout en produisant un nouveau RE7/8, sortir Street Fighter 6 tout en bossant sur un Monster Hunter massif, etc. Faire coexister un remake DMC et une suite n’a rien d’impossible pour un groupe de cette taille. La seule chose qui manque, c’est la volonté.

“Mais DMC, c’est trop niche” : l’argument en carton

J’entends déjà l’argument basique : “Oui mais Devil May Cry, c’est plus niche que Resident Evil, ça se vendra moins, c’est normal qu’ils priorisent le zombie.” C’est là que je lève les yeux au ciel. Évidemment que DMC n’atteindra probablement pas les mêmes chiffres qu’un Resident Evil Requiem vendu à des millions en quelques semaines. Mais si un éditeur ne mise que sur ses champions du box-office, il finit par s’auto-condamner à ne produire que des blockbusters interchangeables.

Devil May Cry, c’est l’archétype du jeu qui construit une image de marque. C’est une vitrine de maîtrise technique, de level design nerveux, de combat profond. C’est le genre de licence qui attire les passionnés, les créateurs de contenu, les gens qui vont passer des centaines d’heures à démonter le système et à en faire des vidéos qui tournent pendant une décennie. Ce capital-là ne se mesure pas qu’en ventes brutes jour 1. Il se mesure en aura. Et sur ce plan, DMC vaut de l’or.

En plus, la mode actuelle est clairement revenue aux jeux exigeants. Les Souls-like cartonnent, les players acceptent la difficulté tant qu’elle est juste, et les character action ont toute leur place là-dedans. Quand je vois la popularité d’un Bayonetta, de Nier:Automata, ou même le respect qu’on garde pour les vieux Ninja Gaiden, je me dis que Capcom est assis sur un trône d’action stylish et qu’ils regardent obstinément ailleurs.

Ce que ça change pour moi en tant que joueur

Cette attente interminable a déjà eu un effet concret sur ma façon d’acheter les jeux Capcom. J’ai beau adorer Resident Evil, j’ai arrêté les achats day one sur leurs gros titres “par principe”, en attendant de voir s’ils ont un plan clair pour Devil May Cry. C’est mon petit boycott perso, mais symbolique : tant que je n’ai pas la preuve que la licence n’est pas reléguée au fond du placard, je refuse de leur donner l’impression que tout va très bien avec leur line-up actuel.

Et je sais que je ne suis pas le seul dans ce cas. Dans mon cercle de joueurs – gens qui ont passé des centaines d’heures sur DMC3, DMC4 Special Edition ou DMC5 – le sentiment est le même : on respecte énormément ce que Capcom fait avec Resident Evil, on s’amuse comme des fous sur Street Fighter 6, mais il manque une pièce au puzzle. Un éditeur qui prétend chérir ses “core IP” ne peut pas laisser l’une de ses séries fondatrices dans un coma artificiel éternel.

Si Capcom ne saisit pas cette fenêtre, ce sera plus qu’un rendez-vous manqué

Pour moi, tout se joue dans les 12 à 18 prochains mois. Si, après la sortie de Pragmata et la saison des gros events (Summer Game Fest en tête), on n’a toujours pas un signe clair de l’avenir de Devil May Cry – pas une phrase vague dans un rapport financier, mais une annonce, un logo, un trailer, quelque chose – le message sera limpide : DMC est au mieux une pensée secondaire, au pire un poids mort qu’on exhibe seulement pour nourrir des compilations.

Screenshot from Devil May Cry 5: Deluxe Edition + Vergil
Screenshot from Devil May Cry 5: Deluxe Edition + Vergil

Et ce serait d’une absurdité totale, parce que tout ce qui a fait le retour en grâce de Capcom ces dix dernières années, c’est précisément leur capacité à respecter leur héritage tout en l’actualisant. Ils ont regardé Resident Evil droit dans les yeux et ont admis qu’ils s’étaient plantés avec certains épisodes, puis ils ont corrigé la trajectoire. Ils ont ressuscité Monster Hunter à une échelle mondiale. Ils ont relancé Street Fighter après le naufrage de SFV. Refuser d’appliquer la même philosophie à Devil May Cry serait du pur bullshit.

Capcom really needs à décider si Devil May Cry fait partie de ce futur ou s’il reste un souvenir sympa de l’ère PS2/PS3/PS4. Et s’ils choisissent la deuxième option, qu’ils aient au moins le courage de le dire clairement. Mais tant qu’ils continuent à qualifier la série de “core IP” tout en ne faisant rien, ce silence ressemble plus à un manque de vision qu’à une stratégie réfléchie.

Je veux un futur où Dante, Nero et Vergil ne sont pas que des posters dans ma chambre

Au fond, si je m’énerve autant, c’est parce que je tiens à cette série. Devil May Cry, c’est ce qui m’a appris à aimer la difficulté, à comprendre qu’un système de combat peut être un terrain de jeu en soi, à apprécier le pur plaisir d’un enchaînement parfait qui ne sert à rien d’autre qu’à être beau. Quand je relance DMC5 aujourd’hui, je ne vois pas un “vieux jeu stylé de 2019”. Je vois un point de départ que Capcom refuse, pour l’instant, d’assumer.

Alors voilà ce que j’attends d’eux : qu’après Pragmata, au pire d’ici le Summer Game Fest, on ait enfin un signe concret. Un logo “Devil May Cry 6”. Un trailer “Devil May Cry Remake”. Un teaser, même court, mais honnête. Quelque chose qui me dise : “On sait ce que cette licence représente, et on va la traiter avec le même sérieux que Resident Evil.”

Si Capcom fait ça, je serai le premier à rebasculer en mode day one sur leurs jeux, à hurler mon enthousiasme, à replonger des centaines d’heures dans ce qu’ils créent. S’ils continuent à faire comme si de rien n’était, je continuerai aussi : à jouer, oui, mais avec la sensation persistante qu’il manque une lame dans leur arsenal. Et ça, pour un éditeur qui se vante de son line-up, c’est presque le péché ultime.

Devil May Cry a déjà prouvé qu’il méritait sa place. Maintenant, c’est à Capcom de prouver qu’ils le savent encore.

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