Procès Disney/Universal vs Midjourney : l’IA en corde raide
Le 12 mars 2024, Disney et Universal ont déposé une plainte conjointe (n° 24-CV-05213) devant la Cour fédérale pour le district central de Californie, accusant la plateforme d’intelligence artificielle Midjourney de « violation massive du droit d’auteur ». Au cœur du conflit : l’utilisation, selon les studios, de contenus protégés (Dark Vador, Shrek, Minions) pour entraîner un réseau neuronal capable de générer des images sur simple commande. Si le procès n’a pas encore abouti à une décision, il cristallise toutes les tensions entre protection du copyright et exploitation de l’IA dans l’industrie du divertissement.
1. Genèse et portée de la plainte
Dans le document de 45 pages déposé auprès du juge Otis D. Wright II, Walt Disney Company et Universal City Studios affirment que Midjourney a « ingéré des millions de visuels sous licence sans autorisation » et offre aujourd’hui la possibilité de recréer à l’identique leurs personnages emblématiques. Les studios estiment subir un préjudice financier direct, évalué à plus de 150 millions de dollars en droits de licence et recettes publicitaires perdues.
« Midjourney sait parfaitement ce qu’elle fait et profite de ce plagiat pour attirer des millions d’utilisateurs désireux de copier nos héros, explique le document. Nous demandons une injonction générale et des dommages-intérêts compensatoires. »
2. Le paradoxe technique des studios
Alors même que Disney et Universal entament ce bras de fer juridique, ils n’en abandonnent pas moins leurs propres programmes de recherche en IA. Selon un communiqué interne publié par Disney en février 2024, le studio teste des outils génératifs pour « automatiser la retouche d’effets visuels » et « optimiser la feuille de route créative ». Universal, de son côté, a annoncé en novembre 2023 la création d’un laboratoire IA dédié à la prévisualisation de scènes et à la génération de scripts.

« Il serait incohérent d’arrêter d’explorer l’IA », concède Emily Rogers, directrice du pôle Technologies émergentes chez Disney. « Mais nous estimons qu’il doit exister des garde-fous pour protéger les créateurs et les ayants droit. »
3. La défense de Midjourney
Contactée par notre rédaction, la plateforme Midjourney a réagi par communiqué : « Nous contestons l’idée selon laquelle l’ensemble des données d’entraînement aurait violé la propriété intellectuelle. Nos algorithmes sont entraînés sur un corpus public et sous licences libres, et nous mettons en place des filtres pour retirer tout résultat reprenant trop fidèlement une œuvre protégée. »
Midjourney précise avoir instauré fin 2023 un système de « vérification contextuelle » qui bloque les images reproduisant plus de 70 % d’un visuel identifié comme protégé. Cette politique, soutient la société, démontre « notre bonne foi et notre volonté de travailler avec les ayants droit ». L’entreprise évoque par ailleurs « un accord de principe » avec un grand éditeur de jeux vidéo, sans préciser le nom.

4. Avis d’experts en propriété intellectuelle
Pour Me Laurence Dubois, avocate spécialisée en droits d’auteur, « le dossier Disney/Universal est solide sur le fond : l’utilisation non autorisée d’œuvres protégées pour entraîner une IA constitue, en l’état actuel de la loi, une contrefaçon. Reste à déterminer si l’IA peut se prévaloir du fair use ou d’une exception de courte citation, ce qui dépendra de la manière dont Midjourney a traité et filtré ses données. »
De son côté, le professeur Mark Levinson, expert en intelligence artificielle à l’université de Stanford, estime que « ce procès pourrait redéfinir les règles du jeu pour tous les générateurs d’images. Si les juges imposent des exigences de filtrage trop strictes, cela freinera l’innovation et favorisera les grands acteurs capables de financer des procédures longues. »
5. Enjeux pour les créateurs et la communauté
Si Disney et Universal obtiennent gain de cause, les plateformes d’IA seront contraintes d’intégrer des filtres plus sévères, rendant certaines créations (fan art, concept art, projets indépendants) techniquement impossibles ou risquant la mise en demeure. Les prompts « Dark Vador version manga » ou « Shrek en style cubiste » pourraient être tout simplement supprimés des bibliothèques publiques.

« Les utilisateurs risquent de se retrouver face à un mur de censure algorithmique, regrette Julie Pellerin, cosplayeuse et artiste numérique. Les filtres automatiques confondent souvent hommage et plagiat. On craint de perdre cet espace de liberté créative qui a émergé sur Discord et Reddit. »
6. Conclusion : vers un nouveau cadre réglementaire ?
Au-delà de la querelle Disney/Universal vs Midjourney, c’est tout un écosystème artistique et juridique qui est en jeu. Les prochaines audiences, prévues cet automne, devraient permettre de clarifier la portée des exceptions au droit d’auteur pour les IA génératives. Une chose est sûre : le verdict de la cour californienne fera jurisprudence, déterminant la frontière entre innovation technologique et respect des droits des créateurs.
Pour l’instant, le parti le plus attentif est sans doute celui des utilisateurs. Profitez des possibilités offertes par Midjourney tant que les filtres ne sont pas encore généralisés : dans quelques mois, la règle du jeu pourrait changer du tout au tout.

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