Test de Fallout 4 Anniversary Edition sur Switch 2 : un RPG colossal miné par des bugs d’un autre

Mon retour dans le Commonwealth, cette fois dans le train Switch 2

Je connais Fallout 4 par cœur. Je l’ai poncé sur PC à sa sortie, moddé jusqu’à le faire exploser, puis relancé sur consoles actuelles avec le patch « nouvelle génération ». Quand Bethesda a annoncé l’Anniversary Edition comme titre de lancement sur Switch 2, j’ai eu la même réaction que beaucoup : « OK, mais est-ce que ça tient vraiment dans les mains, ou c’est une version au rabais façon Skyrim sur Switch 1.0 ? »

J’ai donc passé une bonne trentaine d’heures à (re)parcourir le Commonwealth sur Switch 2, moitié en docké sur une TV 4K, moitié en portable, Pro Controller vissée aux mains. Et ce qui ressort, c’est un grand écart permanent : d’un côté, un RPG toujours monstrueux en contenu, plutôt agréable techniquement pour une machine Nintendo ; de l’autre, un portage qui traîne des casseroles de 2015, avec des bugs parfois grotesques et quelques oublis côté fonctions spécifiques à la console.

Un RPG toujours massif, même dix ans plus tard

Pour celles et ceux qui découvrent Fallout 4 avec cette version : on parle d’un open world post-apo gigantesque situé dans le Commonwealth, une version irradiée de Boston et de sa région. On incarne un parent arraché à sa petite vie proprette des années 2070, cryogénisé dans l’Abri 111, qui se réveille pour assister au meurtre de son/sa conjoint·e et à l’enlèvement de son bébé. En sortant de l’abri, le monde a viré au cauchemar : mutants, pillards camés jusqu’aux yeux, factions rivales, robots détraqués… et au milieu, vous, à la recherche de votre gamin.

La première fois que je suis sorti de l’Abri 111 sur l’écran OLED de la Switch 2, ça m’a fait bizarre : ce moment que j’ai vécu trois ou quatre fois sur d’autres machines, je le tenais enfin littéralement dans la main. La vision de Sanctuary en ruines, le ciel cramé, le vent qui fait claquer les tôles… OK, ça n’a rien d’un jeu 2026, mais l’ambiance fonctionne toujours.

On retrouve le mélange habituel de tir à la première personne et de V.A.T.S., ce système qui fige (ou ralentit beaucoup, selon vos réglages) le temps pour cibler précisément les membres des ennemis. Sur Switch 2, le feeling des armes reste correct, surtout au pad, même si on sent que tout ça vient d’un moteur et d’animations qui datent. Là où le jeu tient encore la route, c’est sur sa structure RPG : montée de niveau libre, spécialisation via le fameux tableau de perks S.P.E.C.I.A.L., armes et armures à bricoler sur l’établi, et surtout quantité de quêtes et d’activités.

Quêtes, factions et ces détours qui valent tout l’or du monde

Très vite, la quête principale (retrouver Shaun) passe au second plan. C’était déjà le cas à l’époque, ça n’a pas changé. L’écriture du fil rouge reste l’un des aspects les plus faibles du jeu : assez prévisible, un peu forcée émotionnellement, et plombée par quelques twists qui ont mal vieilli quand on a goûté à Fallout: New Vegas.

Par contre, dès qu’on lâche le GPS et qu’on part en diagonale, Fallout 4 rappelle pourquoi je m’y perds toujours aussi facilement. Sur cette version Switch 2, je me suis retrouvé à refaire des classiques comme l’enquête autour de la mystérieuse famille Cabot, ou la petite folie de la Silver Shroud, où l’on joue un justicier radio old-school en costume de série B. Même en connaissant les ressorts, ces quêtes gardent un charme fou, avec ce mélange de noirceur, d’absurde et de critique sociale qui définit la série.

Les grandes factions sont toujours là : la Confrérie de l’Acier et son militarisme autoritaire, l’Institut planqué sous terre avec sa vision techno-élitiste, le Rail qui tente de sauver les synthétiques, et les Minutemen façon milice citoyenne en loques. On peut pousser chacune de ces routes assez loin avant de devoir vraiment choisir son camp, et cette souplesse fonctionne bien en nomade : je lançais une petite session de 40 minutes dans le train juste pour « avancer une quête de faction », et je me réveillais deux heures plus tard à l’autre bout de la carte avec mon plan complètement oublié.

Les colonies : l’Animal Crossing nucléaire que personne n’avait demandé

Très vite, Preston Garvey vient vous coller aux basques et vous faire découvrir les colonies. On pose des murs, des lits, des tourelles, on branche des générateurs, on gère la nourriture et le moral… Sur le papier, j’avais détesté ça en 2015, trouvant que ça parasitait le cœur du jeu. Sur Switch 2, je dois admettre que le concept prend une saveur différente.

Assis sur le canapé, Switch 2 en mode portable, j’ai fini par tomber exactement dans le piège : « Allez, je refais juste Sanctuary proprement, avec de vraies maisons, et j’arrête. » Deux heures plus tard, j’étais en train d’aligner des lampadaires, de tirer des câbles électriques partout, et de maudire le système de construction toujours aussi approximatif. L’interface, pensée clavier-souris à la base, reste lourde au pad, et rien n’a été repensé pour l’écran tactile ou des contrôles plus modernes.

Cover art for Fallout 4: Edible Asbestos
Cover art for Fallout 4: Edible Asbestos

Le côté « love it or hate it » est toujours là : si vous ne supportez pas le crafting et l’optimisation de colonies, vous pouvez très largement ignorer ce pan du jeu. Si au contraire vous avez des envies d’architecte post-nuke, l’Anniversary Edition vous gave généreusement d’éléments supplémentaires via les packs d’atelier (structures, décorations, pièges, etc.). Sur Switch 2, ça reste une machine à perdre des heures, pour le meilleur ou pour le pire.

Les DLC dans la poche : Far Harbor en vedette

L’un des gros points forts de cette Anniversary Edition sur Switch 2, c’est qu’elle embarque tout : les six packs d’extension majeurs, plus une tonne de contenus Creation Club. Concrètement, dès le début de partie, votre Pip-Boy se remplit de signaux radio et de marqueurs vers de nouveaux arcs narratifs.

Automatron arrive tôt et vous permet de construire des compagnons robots complètement custom, ce qui change pas mal la dynamique en combat. Nuka-World est toujours ce grand parc d’attractions déglingué, à la fois fascinant et frustrant dans sa façon de vous pousser vers le côté raider. Mais la vraie star reste Far Harbor.

J’ai lancé Far Harbor en portable un soir au lit, en me disant que j’allais juste « voir le début ». Mauvaise idée. L’ambiance brumeuse de l’île, la relation avec Nick Valentine, les tensions entre colons humains, synthétiques et enfants d’Atom… tout respire plus la nuance que la campagne principale. Les nouveaux ennemis, la topographie plus verticale, les quêtes qui questionnent vraiment vos choix moraux : même en 2026, c’est un des meilleurs morceaux de Fallout moderne. Et pouvoir y replonger en mode nomade, sans compromis majeur, c’est clairement l’argument qui justifie cette version pour les fans.

Portage Switch 2 : trois modes de perf, un compromis qui tient la route

Côté technique, j’arrivais avec une certaine méfiance. Après le lancement très moyen de Skyrim sur la première Switch 2 l’an dernier, je m’attendais à un Fallout 4 bancal. Bonne surprise : sur le plan des performances brutes, c’est globalement solide, surtout pour un titre aussi gros.

Le jeu propose trois modes dans les options graphiques :

  • un mode 30 fps orienté qualité visuelle, avec une résolution plus haute et une image plus nette ;
  • un mode 40 fps « équilibré », pensé pour l’écran 120 Hz de la console ;
  • un mode 60 fps qui sacrifie pas mal de netteté pour garder la fluidité.

En docké, sur ma TV 4K, le mode 30 fps est le plus propre visuellement : les textures lointaines sont moins baveuses, la distance d’affichage tient la route, on sent que la résolution dynamique monte assez haut (jusqu’en 1440p d’après les mesures de la presse spécialisée). Le 60 fps donne un vrai gain de réactivité, mais l’image devient assez floue dans les zones chargées, et en portable c’est vraiment visible.

Du coup, j’ai fini comme beaucoup par bloquer sur le mode 40 fps. En pratique, c’est un bon compromis : la fluidité est très confortable sur l’écran 120 Hz de la Switch 2, et l’image garde une netteté correcte en docké comme en portable. Il y a bien quelques micro-chutes dans les zones ultra-denses (centre de Boston, combats avec dix mutants et des explosions partout), mais rien de dramatique sur l’ensemble de ma partie.

Les temps de chargement sont raisonnables pour un jeu Bethesda : clairement plus courts que dans mes souvenirs PS4/Xbox One, même si on reste loin de la vitesse d’un SSD de console actuelle haut de gamme. Pour un usage « je lance une quête dans le train, j’enchaîne deux voyages rapides », ça passe très bien.

Point important : Bethesda a déjà annoncé un patch pour activer le DLSS sur les modes 40 et 60 fps, censé améliorer la netteté sans sacrifier la fluidité. Au moment où j’écris ces lignes, ce patch n’est pas encore disponible, donc mon avis se base sur la version day one. Difficile de juger l’impact à venir, mais sur le principe, c’est une bonne nouvelle pour ceux qui privilégient le 60 fps.

Les bugs, ces compagnons de route qu’on n’avait pas invités

Et c’est là que le bât blesse. Si la base technique du portage est honnête, Fallout 4 sur Switch 2 traîne les mêmes vieux démons que sur les versions précédentes. Dans certains cas, on a vraiment l’impression que rien n’a été retouché depuis 2015.

L’exemple le plus agaçant de ma partie : un bug qui a purement et simplement désactivé mon sprint pendant plusieurs heures. Plus de course possible, même avec l’endurance pleine, même après changement de manette et reboot de la console. Traverser le Commonwealth au pas dans des zones infestées de Deathclaws, je ne le recommande à personne. En fouillant un peu, on se rend compte que c’est un bug déjà connu… et manifestement jamais corrigé en dur.

À côté de ça, j’ai eu droit à tout le bestiaire Bethesda : dialogues qui ne se déclenchent pas, scripts de quêtes qui restent bloqués tant qu’on ne recharge pas la sauvegarde, compagnons coincés dans le décor, ragdolls qui s’envolent dans le ciel sans raison, effets sonores qui disparaissent après un voyage rapide… Sans parler de quelques crashs secs au menu principal ou en plein chargement, suffisamment fréquents pour que je prenne le réflexe de sauvegarder manuellement avant chaque fast travel important.

On peut arguer que « c’est Fallout, c’est comme ça », et qu’au bout de 200 heures ces soucis se diluent dans le flot d’anecdotes. Sauf qu’on parle ici de la première vraie apparition d’un Fallout principal sur une console Nintendo. Pour beaucoup de joueurs et joueuses, c’est une porte d’entrée dans la série. Et les accueillir avec ce niveau de finition, en 2026, c’est franchement dommage.

Contrôles Switch 2 : où sont passés le gyro et les options modernes ?

Autre angle mort surprenant : l’absence totale de fonctionnalités spécifiques à la Switch 2. Pas de visée gyroscopique, pas de petit ajustement de précision à la manette, pas d’option de contrôle pensée pour le tactile en mode portable, rien. On se retrouve avec un mapping de touches très proche des versions Xbox/PlayStation, point.

Sur un FPS/RPG où la visée fine est importante, et alors que la série a toujours brillé souris en main sur PC, ça laisse un goût d’inachevé. J’aurais adoré pouvoir affiner mon tir au fusil de précision avec un petit coup de poignet façon Splatoon, ou manipuler l’atelier de colonies au tactile pour éviter de lutter avec le curseur. Rien de tout ça ici.

Côté ergonomie pure, les menus n’ont pas été modernisés non plus. Le Pip-Boy reste fonctionnel, mais la navigation au stick manque parfois de réactivité, et quelques sous-menus (modification d’armes, gestion de l’inventaire) auraient mérité un lifting pour une utilisation nomade. Ce n’est pas injouable, loin de là, mais quand on voit ce que d’autres ports Switch (2) ont réussi à faire en termes d’adaptation d’UI, on se dit qu’il y avait de la marge.

Pour qui vaut-il le coup sur Switch 2 ?

Avec cette version, j’ai eu l’impression de vivre un paradoxe permanent. D’un côté, je me surprenais encore à enchaîner les quêtes, à improviser des builds débiles (fusil à pompe + jetpack d’armure assistée en portable, un vrai bonheur), à m’attacher une nouvelle fois à certains compagnons. La formule Fallout 4, avec ses qualités et ses défauts, reste redoutablement accrocheuse, surtout quand on peut l’emporter partout.

De l’autre, chaque crash, chaque bug de script, chaque petit détail technique daté me rappelait que ce portage aurait pu – et dû – aller plus loin dans le polish et l’adaptation à la console. On sent une vraie générosité en termes de contenu (jeu + tous les DLC + packs d’ateliers + Creation Club), une base technique globalement saine, mais aussi un manque d’amour sur la finition.

Si vous n’avez jamais touché à Fallout 4 et que vous ne jouez que sur Nintendo, cette Anniversary Edition sur Switch 2 reste malgré tout une porte d’entrée très solide : vous en avez pour des centaines d’heures, avec certains des meilleurs arcs secondaires de la série, un monde vaste et cohérent, et une version portable qui tient étonnamment bien la route en 40 fps.

Si vous avez déjà le jeu sur PC ou sur consoles concurrentes, surtout avec mods ou mise à jour next-gen, la question se résume à une chose : avez-vous vraiment besoin d’y jouer dans le train ou au fond du canapé, quitte à accepter plus de bugs et moins de confort de contrôle ? Si la réponse est oui, ce portage fera le job, mais il ne vous fera pas oublier les versions plus propres.

Verdict : un mastodonte RPG enfin nomade, mais plombé par ses vieux démons

Après ces longues heures à errer dans le Commonwealth version Switch 2, mon avis est assez clair : c’est un portage généreux et globalement respectable sur le plan technique pur, mais qui manque d’efforts sur deux points cruciaux en 2026 : la correction des bugs historiques et l’exploitation des forces de la console.

Je me suis régalé à refaire Far Harbor dans le train, à improviser une mini-forteresse à Sanctuary en mode portable, ou à redécouvrir des quêtes secondaires que j’avais oubliées. J’ai aussi pesté à voix haute quand mon sprint a décidé de faire grève, quand une quête s’est bloquée pour la troisième fois, ou quand le jeu a renvoyé ma colonie dans le menu d’accueil.

Si vous acceptez cette loterie technique, Fallout 4: Anniversary Edition sur Switch 2 reste un énorme morceau de RPG comme on en voit peu sur consoles Nintendo. Mais pour une première mainline Fallout sur la plateforme, on était en droit d’espérer un peu plus de soin.

Note : 7/10

TL;DR – Fallout 4 Anniversary Edition sur Switch 2

  • Un contenu monstrueux : jeu de base, tous les DLC (Far Harbor, Nuka-World, Automatron…), packs d’ateliers et Creation Club inclus.
  • Un portage techniquement correct : trois modes (30/40/60 fps), 40 fps très confortable sur l’écran 120 Hz, résolution dynamique qui tient la route.
  • Le plaisir de Fallout en nomade : quêtes secondaires toujours excellentes, ambiance post-apo intacte, parfait pour les longues sessions en portable.
  • Mais des bugs d’un autre âge : scripts qui plantent, bugs de gameplay (sprint), crashs occasionnels, rien de tout ça n’a vraiment été nettoyé.
  • Peu d’amour pour la Switch 2 : aucune visée gyroscopique, aucune adaptation tactile, UI vieillotte inchangée.
  • Recommandé si vous êtes prêt à tolérer ces défauts pour avoir tout Fallout 4 dans votre sac à dos ; dispensable si vous possédez déjà une version PC/next-gen propre.

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