Le 22 juillet 2026, Future? No Thanks! devait sortir sur Steam. À la place, Paolo Pedercini, le créateur derrière Molleindustria, s’est retrouvé à attendre plus de trois semaines une décision sur quelques secondes de nudité stylisée. Valve lui a même demandé une build spéciale avec un bouton « voir la scène sexuelle » afin que l’équipe de validation puisse atteindre la séquence concernée.
Je vais être très claire : Steam a parfaitement le droit de proposer une catégorie réservée aux adultes et de vérifier les jeux qui l’utilisent. En revanche, Valve doit fournir une raison actionnable lorsqu’un label adult-only retarde une sortie, survit à des modifications de la build et transforme une satire politique en produit présenté comme sexuellement explicite ou graphique. Bloquer un jeu sans désigner le contenu précis à corriger, c’est une modération paresseuse exercée depuis une position de force énorme.
Le problème n’est pas la vérification : c’est le silence après la vérification
Future? No Thanks! est un jeu en monde ouvert centré sur Harvey Huffstone, un personnage qui a demandé à être euthanasié et qui doit accomplir une relation sexuelle figurant sur sa liste de choses à faire avant sa mort. La page Steam mentionne de la sexualité de dessin animé, de la prostitution légalisée et éthique, ainsi que l’euthanasie. Ce sont des thèmes adultes. Ils exigent une évaluation sérieuse, et personne de raisonnable ne prétend le contraire.
Pedercini affirme cependant que le jeu ne montre aucun rapport sexuel à l’écran. La nudité litigieuse se résumerait à des dizaines de polygones sans texture représentant des fesses et des seins, affichés de façon statique pendant plusieurs secondes. Il décrit son œuvre comme une satire politique avec une nudité brève, davantage alignée selon lui avec une classification ESRB 17+ ou PEGI 16+ qu’avec une étiquette assimilée par le public à du contenu pornographique.
Le point décisif arrive après les corrections. Pedercini indique avoir habillé la travailleuse du sexe et le robot sexuel, puis avoir reçu un nouveau refus ou le maintien du marquage adult-only. Valve n’a pas publiquement détaillé quel visuel, quel texte, quel tag ou quel élément de build posait encore problème. Voilà le vrai scandale. Une plateforme peut juger le contenu trop explicite ; elle doit alors être capable d’indiquer à l’auteur ce qu’elle juge trop explicite.
Sans cette précision, le développeur se retrouve à découper son jeu à l’aveugle. Il retire un personnage, modifie une scène, change une animation, retouche une description, soumet une nouvelle build, puis attend encore. C’est une boucle absurde. Elle récompense les équipes capables de refaire leur jeu plusieurs fois sans calendrier fiable et elle punit les petits studios qui avaient planifié leur lancement autour d’une date concrète.
Ce que la procédure Steam implique réellement
Valve documente un processus de Content Survey avant l’examen de la page boutique et de la build. L’éditeur doit y déclarer le contenu adulte mis en ligne, y compris lorsqu’il n’est pas accessible immédiatement dans le produit. Cette règle compte énormément dans le cas de Future? No Thanks! : enlever une scène visible ou placer un élément derrière une condition ne garantit aucun changement de catégorie.
Cette exigence rend une partie de la colère de Pedercini plus compliquée qu’un simple débat sur quelques polygones. Steam peut examiner la build, les éléments déclarés et la nature globale du contenu. La présence d’une scène difficile à atteindre, d’un asset toujours inclus ou d’une déclaration conservée dans le formulaire peut continuer à peser dans l’évaluation. Le retrait de la nudité visible ne constitue donc pas, à lui seul, une preuve qu’un label doit disparaître.

Mais cette nuance ne sauve pas Valve. Une procédure qui exige autant de déclarations impose en retour une réponse lisible. Si la Content Survey est au cœur de la décision, Valve doit préciser si le problème vient de la déclaration, de la build, de la page boutique ou d’un accès à une scène qui n’a pas été correctement reproduit pendant le contrôle. Sans cette information, la plateforme demande aux développeurs une transparence qu’elle refuse de leur rendre.
La durée rend l’affaire encore plus irritante. La documentation Steamworks évoque un examen de contenu pouvant prendre jusqu’à sept jours ouvrés. La build de Future? No Thanks! a dépassé les trois semaines de validation, alors que sa sortie du 22 juillet était déjà imminente. Un retard existe dans n’importe quel processus de contrôle. Un retard accompagné d’un motif précis se gère. Un retard de trois semaines avec une réponse générique devient une roulette administrative.
Le test utile : séparer les éléments visibles des zones opaques
| Point à vérifier | Élément concret dans le cas de Future? No Thanks! | Ce que cela ne permet pas d’affirmer | Preuve à conserver pour un développeur |
|---|---|---|---|
| Motif du label adult-only | La page mentionne sexualité de dessin animé, prostitution légalisée et euthanasie. | Le critère précis utilisé par Valve pour maintenir le classement. | La copie complète de la Content Survey et chaque réponse envoyée à Steam. |
| Contenu de la scène | Pedercini décrit des fesses et des seins modélisés par des polygones sans texture, visibles quelques secondes. | Que Valve a considéré cette seule séquence comme le motif déterminant. | Une build identifiée, un chemin précis vers la scène et des captures datées. |
| Effet des corrections | La travailleuse du sexe et le robot sexuel auraient été habillés avant un nouveau refus. | Que tous les assets, descriptions et déclarations associés ont disparu de la build examinée. | Un historique de modifications, avec le numéro de build et la liste exacte des assets modifiés ou retirés. |
| Délai de contrôle | L’examen a duré plus de trois semaines, au-delà du repère de sept jours ouvrés évoqué dans la documentation. | La cause interne du dépassement de délai. | Les dates de soumission, les dates de réponses et les captures des statuts Steamworks. |
C’est ce tableau que Steam devrait rendre moins nécessaire. Un développeur ne devrait pas devoir monter un dossier quasi judiciaire pour savoir quelle partie de son jeu déclenche une catégorie donnée. Pourtant, tant que Valve ne publie pas de grille lisible entre « contenu mature général » et « contenu sexuel réservé aux adultes », garder ce dossier devient une mesure de survie.
La build spéciale montre à quel point le système peut dérailler
Le détail du bouton « voir la scène sexuelle » est celui qui me reste en travers de la gorge. Valve aurait refusé la documentation vidéo de Pedercini pour le contenu qui n’était pas immédiatement accessible dans le jeu, puis demandé une build facilitant l’accès à la scène. Je comprends la logique de vérification : une équipe de contrôle doit pouvoir constater elle-même ce qu’elle évalue. Aucun développeur ne devrait pouvoir faire valider un jeu sur la base d’une bande-annonce arrangée.
Le problème est la manière dont cette demande s’insère dans un calendrier de lancement. Une build dédiée peut être une solution technique valable pour un cas ponctuel. Elle devient un bricolage ridicule lorsque le développeur ignore le critère recherché et doit deviner si Valve attend la scène, le contexte narratif, une animation, une ligne de texte ou une déclaration de contenu modifiée. L’outil de contrôle finit alors par dicter la structure temporaire du jeu sans fournir la règle qui justifie cette contrainte.
Je ne reproche pas à Valve d’avoir voulu lancer la séquence elle-même. Je lui reproche de ne pas avoir fermé la boucle avec une explication précise après l’avoir vue. Une équipe de modération capable de demander un accès direct au contenu est capable d’écrire : « cette scène », « ce modèle », « ce tag », « cette déclaration », « cette interaction ». Quatre mots de plus auraient évité à Pedercini de remodeler son jeu dans le brouillard.
Le mot « monopole » vise juste sur le rapport de force
Pedercini décrit Steam comme un monopole avec très peu de précédents et explique qu’un développeur est entièrement soumis au bon vouloir de la plateforme. Le terme « monopole » porte aussi une charge juridique précise, avec des questions de marché pertinent, de concurrence et de pratiques commerciales. Future? No Thanks! ne suffit pas à trancher ce débat légal à lui seul.

En revanche, son expérience expose un rapport de force bien réel. Steam possède la capacité de retarder une sortie, de placer une œuvre derrière une catégorie réservée aux adultes et de contrôler sa présentation auprès des clients. Valve distingue publiquement le contenu mature général du contenu sexuel adult-only. Cette séparation façonne directement la manière dont un jeu est présenté et filtré sur la boutique. Quand cette décision arrive sans explication exploitable, l’auteur n’a aucun levier créatif clair.
La défense réflexe de Steam consiste souvent à rappeler que Valve doit gérer des lois, des préférences de contenu et une quantité massive de sorties. C’est vrai, et cela ne justifie rien. Plus une plateforme centralise les sorties PC, plus elle doit professionnaliser ses décisions de modération. La taille de Steam devrait produire davantage de clarté, pas davantage de mystère.
Le protocole que les studios indés devraient appliquer dès maintenant
Le cas de Molleindustria donne une leçon pratique assez brutale : la validation de contenu Steam doit être traitée comme un jalon de production à part entière, avec ses preuves, ses versions et ses délais de sécurité. Attendre la semaine du lancement pour découvrir une interprétation agressive du contenu adulte, c’est laisser la plateforme prendre le contrôle du calendrier.
- Conserver une copie exportée de la Content Survey à chaque soumission, y compris les réponses sur le contenu non accessible immédiatement.
- Associer chaque envoi à un identifiant de build et à une liste de modifications claire : modèles, textures, animations, scripts, dialogues, tags de boutique et conditions d’accès.
- Documenter le chemin exact vers chaque scène mature dans la build soumise : sauvegarde, point de départ, choix nécessaires et durée de la séquence.
- Archiver toutes les réponses de Valve avec leur date, puis comparer la formulation de chaque refus aux changements effectués entre deux builds.
- Demander une réponse écrite ciblant la catégorie de contenu, l’élément concerné et le changement attendu avant de supprimer davantage d’éléments créatifs.
- Prévoir une marge supérieure à sept jours ouvrés pour toute sortie impliquant sexualité, nudité, prostitution, violence sexuelle ou thèmes adultes lourds.
Cette dernière recommandation est la plus frustrante, car elle revient à intégrer l’opacité de Steam dans le planning. Pourtant, un petit studio qui mise tout sur une date de sortie n’a aucun intérêt à croire que le délai indicatif se transformera automatiquement en garantie. La validation doit arriver assez tôt pour permettre une réponse, une correction et une seconde lecture sans sacrifier le lancement.
Valve doit arrêter de confondre discrétion et absence de responsabilité
Je ne demande pas à Valve de publier une encyclopédie permettant de contourner chaque filtre de contenu. Une plateforme peut garder une part de ses critères internes afin d’éviter que les développeurs les exploitent cyniquement. Ce qu’elle doit fournir, c’est une décision intelligible : catégorie appliquée, contenu concerné, build évaluée et action attendue.
Cette transparence minimale protégerait aussi Valve. Elle permettrait de distinguer les développeurs qui refusent de modifier un contenu clairement identifié de ceux qui ont réellement suivi les instructions sans comprendre pourquoi le refus persiste. Elle réduirait les accusations d’arbitraire, les suppressions inutiles et les sorties suspendues à la dernière minute. Surtout, elle traiterait les créateurs comme des partenaires responsables plutôt que comme des gens censés deviner un règlement invisible.
Mon verdict est simple : Steam peut conserver son label adult-only, mais Steam doit motiver chaque maintien de ce label avec une précision concrète. Future? No Thanks! mérite une réponse proportionnée aux modifications déjà réalisées. Tant que Valve préfère le flou, les studios indés doivent considérer la modération de contenu comme un risque de production majeur et tout archiver avant que la plateforme ne leur demande de tailler dans leur jeu sans leur dire pourquoi.

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