Test de Blue Prince sur Switch 2 : le puzzle-roguelike d’enquête qui t’oblige à sortir le carnet

Un manoir, un testament… et une 46ᵉ pièce qui n’existe pas (en théorie)

Herbert Sinclair est mort, paix à son âme pixelisée. Dans son testament, ce baron légèrement sadique lègue le domaine de Mount Holly, ses jardins et son titre à son petit-neveu Simon… c’est-à-dire vous. La seule condition : prouver que vous méritez l’héritage en trouvant la mystérieuse 46ᵉ pièce dans un manoir qui n’en compte officiellement que 45. C’est le point de départ de Blue Prince, puzzle-roguelike signé Dogubomb et édité par Raw Fury, déjà culte sur PC et PS5 depuis 2025, qui débarque enfin sur Switch 2.

Je vais être franc : depuis sa sortie sur PS5 l’an dernier, je répète à tout le monde la même phrase à propos de Blue Prince : « n’en lis rien, lance-le et débrouille-toi ». Autant dire que devoir en faire un test détaillé pour la version Switch 2, c’est un peu l’enfer. C’est un de ces jeux où chaque info en moins augmente la claque. Mais bon, il faut bien aider à décider si ça vaut vos euros, alors je vais marcher sur une ligne très fine : expliquer la boucle de jeu, sans toucher aux vraies surprises.

Contexte perso : j’ai passé un peu plus de 80 heures sur la version PS5, carnet à la main, puis j’ai recommencé une nouvelle vie sur Switch 2 quand le port est tombé par surprise. Et oui, malgré déjà des dizaines d’heures au compteur, j’ai replongé comme un idiot consentant. C’est ce genre de jeu.

Premiers pas dans Mount Holly : plus Cluedo que Doom

Ma toute première run sur PS5, je m’attendais vaguement à un jeu d’exploration en vue subjective avec un peu de gestion de ressources à la roguelike. Après 30 minutes, j’avais compris que j’étais plutôt dans une sorte de Cluedo procédural où chaque porte est un pari et chaque pièce, un morceau de règle cachée.

La structure de base est simple à expliquer, beaucoup moins à maîtriser. Chaque « jour », vous avez un nombre limité de pas. Un pas correspond, en gros, à une pièce traversée. Quand le compteur tombe à zéro, direction le lit, fin de journée, et le manoir est rebattu comme un jeu de cartes. À la journée suivante, la plupart des pièces sont réarrangées, et vous recommencez.

La magie (et la cruauté) vient du système de plans / blueprints. À chaque porte que vous ouvrez, le jeu vous propose une petite sélection de pièces possibles (généralement trois), un peu comme un draft de cartes. À vous de choisir laquelle vous insérez derrière cette porte, en tenant compte de la forme de la pièce, de ce qu’elle contient, et de la manière dont elle s’imbrique dans le reste du manoir en cours de construction. Le nom du jeu est un jeu de mots : Blue Prince, Blueprints. Sauf que, assez vite, on réalise que le jeu de mots est lui aussi un leurre, et que les plans ne disent pas tout.

Les premières heures, j’étais complètement paumé. Je plaçais les pièces « au feeling », j’essayais de gratter quelques objets, d’augmenter mon nombre de pas, et je priais vaguement pour que la fameuse pièce 46 surgisse par miracle. Autant dire que ce n’est pas comme ça que ça marche. Blue Prince ne vous tient jamais la main, mais glisse quelques pièces très « pédagogiques » qui vous soufflent : « Tu devrais vraiment commencer à prendre des notes. Sérieusement. »

Un roguelike où le seul vrai upgrade, c’est votre cerveau

Blue Prince se présente comme un roguelike, et c’en est bien un au sens structurel : runs, reset du manoir, risque de perdre une journée entière pour avoir mal anticipé une suite de pièces. Il y a quelques améliorations permanentes (un peu plus de pas par jour, de nouvelles pièces dans la « pioche », plus d’argent pour acheter certains objets), mais après une dizaine d’heures, j’ai compris un truc : les upgrades ne sont pas la star du show.

Ce que vous conservez vraiment d’une run à l’autre, c’est votre compréhension du manoir. Les règles cachées de certaines pièces. Les conditions qui font qu’un événement se déclenche ou non. Les relations entre certains symboles, certains personnages, certains objets. Au bout de 15-20 heures, je ne jouais plus pour « aller le plus loin possible », mais pour tester des hypothèses. Chaque journée devenait un mini-labo où j’essayais de vérifier : « Si je place cette pièce avant celle-là, avec tel objet sur moi, est-ce que… ? »

Screenshot from Blue Prince
Screenshot from Blue Prince

C’est un jeu qui adore vous laisser croire que vous avez compris une règle, pour ensuite vous punir subtilement parce que vous aviez raté un minuscule détail. Et quand, après plusieurs jours, une théorie finit par se confirmer, le niveau de satisfaction est monstrueux. C’est la même sensation que dans Outer Wilds, Tunic ou Animal Well : la progression n’est pas dans une barre d’XP, mais dans un carnet qui se remplit et dans un cerveau qui se recâble.

Le revers, évidemment, c’est que certaines journées sont frustrantes. Il m’est arrivé de comprendre enfin comment provoquer un événement précis… pour passer ensuite trois jours ingame sans réussir à drafter la bonne suite de pièces au bon moment à cause de l’aléatoire. Il faut accepter que l’architecture de Mount Holly ne vous obéira jamais complètement, et que le jeu vous oblige à explorer des chemins de traverse plutôt que de forcer un seul « build parfait ».

Carnet de notes obligatoire : quand un jeu colonise ton bureau

Je crois que le vrai déclic a été un certain type de pièce (je ne dirai pas laquelle) qui vous dit, en substance : « Prends un carnet, tu vas en avoir besoin. » Je me suis exécuté. Les premières pages de mon cahier, c’était trois mots par ligne : « Anges ? », « Échecs ? », « Portraits ? ». Des trucs griffonnés entre deux cafés, sans grande cohérence.

Vingt heures plus tard, mon bureau ressemblait à un mur de série policière : arbres généalogiques, frises chronologiques, croquis de pièces, numéros entourés trois fois, flèches qui relient des symboles, débuts d’alphabet inventé. Il y a une nuit où je me suis littéralement retrouvé à 2h du matin, penché sur une page avec écrit « pourquoi ce fichu tableau n’apparaît QUE quand… », en essayant de remonter à une run jouée deux jours avant. Ce jeu a réveillé en moi un côté complotiste que je ne soupçonnais pas.

Et c’est là, pour moi, que Blue Prince devient brillant : le manoir est conçu pour récompenser l’obsession douce. Oui, on peut se contenter de trouver la pièce 46, voir les crédits et passer à autre chose. Mais ce n’est qu’une couche. J’ai continué à découvrir des règles et des secrets alors que j’avais déjà vu la fin « principale ». Certaines mécaniques ne se révèlent qu’après des dizaines de runs, parfois parce que vous avez osé faire l’inverse total de ce qui semble logique.

La musique joue aussi un rôle dans cette obsession. La bande-son, avec son jazz discret et un peu hanté, reste dans la tête comme une litanie. J’ai passé une semaine à entendre ce thème pendant que je bossais, et à chaque fois, ça me donnait envie de rouvrir la Switch « juste pour une journée de plus ». Mauvaise idée pour le sommeil, excellente pour éprouver à quel point la boucle de jeu accroche.

Screenshot from Blue Prince
Screenshot from Blue Prince

Blue Prince sur Switch 2 : 30 fps, quelques chutes, et un mode souris étonnamment utile

Parlons du port Switch 2, parce que c’est quand même le sujet. Techniquement, c’est assez simple : le jeu tourne à 30 images par seconde, avec de légères baisses quand on enchaîne des pièces très chargées en éléments mobiles ou effets. Je l’ai remarqué surtout dans certaines combinaisons de salles bien tordues, mais dans un puzzle-roguelike à la première personne, ce n’était jamais gênant. On n’est pas en train de viser une tête à 300 km/h dans un FPS compétitif.

Visuellement, le style fait mouche sur l’écran de la Switch 2. Les aplats de couleur et les contours marqués donnent un côté BD qui rappelle un peu les anciens jeux Telltale. En portable, ça claque, et surtout, tout reste lisible : textes, symboles, détails environnementaux importants. C’est crucial pour un jeu qui cache des indices partout. En mode docké, sur ma TV, l’image tient bien la route, même si on sent que ce n’est pas un monstre technique – et ce n’est pas le but.

La petite surprise sympa, c’est le mode souris. Concrètement, on peut piloter un curseur façon PC avec les Joy-Con. Je ne dirais pas que c’est la manière ultime de jouer, les Joy-Con restent assez fins et je préfère le stick classique pour me déplacer. Mais pour certaines séquences où il s’agit de cliquer rapidement sur des éléments ou de naviguer dans des menus, ça devient un confort non négligeable. Pour un jeu qui vient d’un héritage PC, ça fait plaisir d’avoir cette option.

Côté bugs, j’avoue ne pas avoir croisé grand-chose sur ma partie Switch 2. J’ai vu remonter quelques petites bizarreries sur les réseaux (un événement qui ne se déclenche pas, une pièce qui se comporte de manière étrange), mais avec la structure extrême de Blue Prince où chaque run est différente, difficile de savoir si on parle des mêmes choses. De mon côté, rien qui ait cassé une run ou m’ait obligé à recharger une sauvegarde.

Le gros fantôme dans la pièce : aucune sauvegarde croisée

La vraie déception de cette version Switch 2, c’est l’absence totale de cross-save. J’espérais pouvoir récupérer ma progression PS5, avec toutes mes pièces débloquées et quelques upgrades, pour consacrer mon temps portable aux puzzles les plus profonds. Impossible : chaque plateforme a sa sauvegarde isolée. Sur le papier, recommencer de zéro ne me dérangeait pas tant que ça. En pratique, après 80 heures déjà englouties ailleurs, ça pique un peu.

La bonne nouvelle, c’est que le jeu est beaucoup plus rapide à apprivoiser la deuxième fois. Toute la connaissance accumulée reste dans votre tête, donc les premiers mystères tombent en quelques sessions, et vous pouvez assez vite retrouver là où vous étiez en termes de maîtrise du manoir. Mais pour les malades du complétionnisme qui voulaient juste transformer la Switch 2 en machine à runs « de recherche avancée », c’est un manque réel.

Est-ce que ça doit vous empêcher de prendre la version Switch 2 si vous y avez déjà joué sur PC/PS5 ? Honnêtement, si Blue Prince vous obsède encore, la portabilité change la donne. J’ai beaucoup plus tendance à lancer « une journée rapide » dans le train, sur le canapé, avant de dormir. Et comme chaque jour ingame dure rarement plus de 10-15 minutes, ça colle parfaitement au format.

Screenshot from Blue Prince
Screenshot from Blue Prince

Pour qui est Blue Prince ? Et pour qui ce n’est clairement pas

Blue Prince n’essaie même pas de plaire à tout le monde, et c’est aussi pour ça qu’il fonctionne si bien. Si vous cherchez un roguelike à la Hades avec du combat nerveux, des builds d’armes et des chiffres qui explosent l’écran, vous allez vous ennuyer. Ici, on ne tape rien, on ne farm pas, on ne monte pas de niveau. On observe, on déduit, on note.

Il s’adresse clairement à celles et ceux qui ont aimé :

  • Outer Wilds, pour l’idée que la seule progression, c’est ce que vous savez.
  • Tunic ou Animal Well, pour le côté manuel/carnet IRL indispensable.
  • Return of the Obra Dinn, pour le plaisir de recouper des indices jusqu’à ce qu’un tableau s’éclaire d’un coup.

Il faut aussi accepter un certain niveau de lenteur méthodique. On passe beaucoup de temps à refaire les choses, à retenter des combinaisons, à rater sans toujours comprendre immédiatement pourquoi. Si l’idée de tenir un carnet vous rebute profondément, vous risquez de passer à côté de ce qui fait le sel du jeu. On peut techniquement finir le jeu sans écrire un mot, mais ce serait comme lire un roman policier en diagonale.

Verdict : un casse-tête monumental qui méritera vos nuits blanches

Après tout ce temps passé dans les couloirs de Mount Holly, je reste bluffé par la manière dont Blue Prince parvient à rester cohérent tout en semblant chaotique. Sa maison qui se réarrange chaque nuit, ses blueprints à drafter, ses règles cachées imbriquées les unes dans les autres… tout ça pourrait être un simple gimmick procédural. Mais non : derrière, il y a une architecture de game design ultra préméditée, qui n’attend que votre patience pour se dévoiler.

Sur Switch 2, le tableau est clair : techniquement propre malgré quelques chutes de framerate, lisible, agréable autant en portable qu’en docké, avec un mode souris qui fait office de petit bonus confortable. L’absence de sauvegarde croisée reste, pour moi, le gros point noir d’un portage qui aurait pu frôler la perfection pour les vétérans déjà investis ailleurs.

Mais pour tout le reste, Blue Prince reste un chef-d’œuvre de puzzle-roguelike, un jeu qui vous fera sentir tour à tour brillant, idiot, puis brillant à nouveau, et qui vous hantera bien après avoir découvert la fameuse pièce 46. Et croyez-moi, quand un jeu me pousse à racheter une version juste pour pouvoir l’emmener partout et continuer à gribouiller dans mon carnet, c’est qu’il se passe quelque chose de rare.

Les plus / les moins

  • Les plus
    • Un manoir procédural pensé comme une gigantesque énigme cohérente
    • La boucle roguelike centrée sur la connaissance, pas sur les stats
    • Un jeu qui récompense vraiment la prise de notes et la curiosité
    • Port Switch 2 très solide, lisible et agréable en portable
    • Bande-son jazz discrète mais diablement entêtante
  • Les moins
    • Aucun système de cross-save entre PS5/PC et Switch 2
    • Capé à 30 fps avec quelques petites chutes ponctuelles
    • Rebute facilement si on déteste prendre des notes ou la lenteur méthodique

Note finale : 9/10 – Un puzzle-roguelike d’enquête brillant, légèrement entaché par l’absence de sauvegarde croisée, mais plus dangereux que jamais pour votre quota de sommeil grâce à la portabilité de la Switch 2.

TL;DR

  • Vous héritez d’un manoir de 45 pièces et devez trouver une 46ᵉ salle impossible.
  • Boucle roguelike basée sur des jours à pas limités et des pièces à drafter derrière chaque porte.
  • La vraie progression, c’est votre carnet de notes et votre compréhension des règles cachées.
  • Exploration lente, méthodique, ultra satisfaisante pour les fans de puzzles à la Outer Wilds/Tunic.
  • Port Switch 2 : 30 fps globalement stables, portable très confortable, mode souris utile.
  • Pas de cross-save : vos progrès PC/PS5 ne peuvent pas être transférés.
  • Fortement recommandé si vous aimez vous perdre dans un mystère pendant des dizaines d’heures.

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *