Imaginez un croisement improbable entre GTA, Crazy Taxi et Les Simpson: Hit & Run, le tout plongé dans la petite Amérique des années 50, entre voitures rutilantes, buildings destructibles et jazz endiablé. Prometteur sur le papier, Deliver At All Costs semblait prêt à souffler un vent de fraîcheur sur le jeu de course arcade avec son cocktail de chaos assumé et de nostalgie rétro. Mais derrière ses couleurs chatoyantes et sa BO entraînante, la réalité se révèle plus nuancée : ce jeu de livraison déjanté livre-t-il vraiment la marchandise ? Retour sur un essai aussi explosif que frustrant.
Deliver At All Costs – Un bac à sable rétro explosif… mais inégal
Points clés à retenir :
- Un style visuel et sonore des années 50 immersif, véritable atout du jeu
- Missions variées au début mais qui peinent à se renouveler sur la durée
- Dialogue maladroit, narration décousue et progression narrative mal dosée
- Mécaniques de police et de sandbox trop superficielles pour créer du challenge
Pour vous faire une idée immédiate, découvrez la bande-annonce officielle du jeu :

Premières impressions : la promesse d’un bac à sable rétro explosif
Lors du Steam Next Fest en février, Deliver At All Costs avait fait sensation. Un jeu de livraison sous amphétamines, où chaque mission encourageait à défier les lois de la circulation, démolir des maisons à la chaîne et envoyer les passants valdinguer, tout en explorant une carte ouverte truffée de secrets. Difficile alors de ne pas penser aux grandes heures des jeux «bac à sable» délirants des années 2000. Pourtant, si la démo de deux heures laissait présager un concentré d’action jubilatoire, la version finale révèle vite ses limites, tiraillée entre ambitions narratives et fun arcade.

Système de jeu : liberté, destruction… et fatigue des missions
Le cœur du gameplay ? Un mélange de missions principales (livraisons de colis improbables, transport de statues sous attaque d’oiseaux, ballons d’hélium qui font décoller votre camion à la Up…) et de quêtes secondaires, le tout sur fond de destructibilité omniprésente. Les premières heures séduisent par leur folie inventive et la possibilité de choisir entre conduite sage ou pure anarchie. Rapidement, on découvre que c’est la destruction qui apporte le plus de plaisir, avec un moteur physique qui encourage à foncer dans le tas.

Mais une fois la carte domptée et quelques missions répétées, la lassitude pointe le bout de son nez. Malgré des objectifs variés en apparence, l’impression de livrer sans cesse les mêmes colis (ou variantes farfelues) se fait sentir. Les quêtes secondaires manquent de profondeur, à l’exception de rares pépites (une course contre un parachutiste sur un volcan, par exemple). Même les « voitures secrètes » cachées sur la carte, comme le camion de glace ou la voiture de police, se révèlent être de simples véhicules à conduire, sans vrais mini-jeux ou surprises attachées. Un vrai rendez-vous manqué côté contenu annexe.

Un univers années 50 bluffant, porté par la musique
Si le gameplay montre vite ses limites, l’ambiance visuelle et sonore frappe juste. La reconstitution d’une petite ville américaine des fifties, avec ses coloris pastel, ses voitures rutilantes et ses enseignes rétro, respire l’amour du détail. On y croit, même pour qui n’a jamais connu cette époque. La bande-son, oscillant entre swing, jazz et rock’n’roll, mêle compositions originales et grands classiques, pour une immersion totale pendant les voyages motorisés. On sent l’influence assumée des grands classiques de l’arcade, sans jamais tomber dans la caricature visuelle.

Dialogue, narration et rythme : entre maladresse et frustration
Là où Deliver At All Costs trébuche vraiment, c’est sur l’écriture et la construction de son récit. L’histoire de Winston Green, prodige scientifique reconverti livreur, n’est qu’un prétexte survolé pendant la moitié du jeu. Les dialogues, parfois embarrassants, souffrent d’une direction d’acteurs inégale et de confusions qui brisent l’immersion (« pouch » pour « poach », par exemple). Les PNJ ressassent les mêmes phrases à l’infini, donnant l’impression d’une ville de perroquets. L’explication d’un développeur sur le doublage intégral n’excuse pas ce sentiment d’IA mal calibrée. Si les personnages principaux tirent un peu leur épingle du jeu, les secondaires peinent à susciter l’intérêt ou l’attachement.
Pire encore, la narration se réveille trop tard. Après une première moitié émaillée de missions sans grande saveur scénaristique, le récit se densifie subitement dans l’acte 3, avec quelques fulgurances dignes des jeux d’action Konami d’antan… mais le contraste est tel qu’on peine à embarquer. Les journaux intimes à lire pour comprendre l’histoire sont trop discrets, et les rares tentatives de fantaisie narrative (le mystérieux renard) restent inexploitées. On sent que le jeu hésite sans cesse entre un mode histoire profond et le pur délire arcade, sans jamais trancher sa propre identité.
Sandbox et IA : une illusion de liberté ?
Dans la lignée d’un GTA old-school, le jeu encourage la transgression : écraser passants et détruire bâtiments attire la police… en théorie. Dans les faits, le système de répression est minimaliste. Quelques policiers vous prennent en chasse, mais il suffit de se cacher dans une benne ou de changer de quartier pour qu’ils disparaissent aussitôt. Les conséquences pour vos actes sont quasiment nulles, et le comportement des PNJ oscille entre l’absurde et l’oubliable (certains vous poursuivent, d’autres s’enfuient aussitôt, les bagarres à pied se résument à quelques poussées sans gravité). Ce manque de challenge renforce la superficialité du bac à sable, et entame la durée de vie.
Comparatif et public ciblé : pour qui, ce jeu ?
Si vous rêvez d’un hommage moderne aux jeux de course arcade déjantés, Deliver At All Costs porte dans ses premières heures ce grain de folie qui rappelle Crazy Taxi ou Les Simpson: Hit & Run. La conduite explosive, la destructibilité et l’ambiance rétro plairont à ceux qui veulent s’amuser sans trop réfléchir. Mais les amateurs de scénarios solides ou de progression variée risquent de s’ennuyer, tant la répétitivité et le manque d’enjeux plombent l’expérience sur la durée.
Bottom Line : un concept explosif, mais trop éparpillé
Au final, Deliver At All Costs est un jeu victime de ses ambitions contradictoires. Son univers rétro et sa folie destructrice séduisent d’emblée, tout comme certaines trouvailles de gameplay. Mais la répétitivité, le manque de profondeur du sandbox, l’écriture bancale et la narration décousue ternissent le tableau. On aurait préféré voir ce potentiel exploré à fond dans deux jeux distincts : un vrai mode histoire, et un pur jeu d’arcade décomplexé. En l’état, DAAC demeure une curiosité sympathique, mais frustrante, qui plaira surtout aux nostalgiques et aux amateurs de chaos sans conséquence.
TL;DR : Notre avis en bref
Deliver At All Costs revisite brillamment l’esthétique rétro et l’action arcade, mais s’épuise vite à force de missions répétitives et d’une narration bancale. À réserver aux fans de sandbox déjantés en mal de nostalgie, curieux de tester un concept aussi explosif… qu’inabouti.
Source : publisher
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