Test Completely Stretchy : son grappin sauve des quêtes trop courtes

Completely Stretchy tient debout grâce à un seul bras, et ce bras suffit à rendre une petite ville absurde étonnamment difficile à quitter. Je me suis retrouvé bleu, mou, collant, et capable de m’agripper à un panneau, au mur d’un immeuble ou à un véhicule pour me catapulter dans la direction de mon choix. Le jeu de Warp Digital ne cherche jamais à cacher son idée centrale. Il me donne un membre élastique, un terrain de jeu vertical et une poignée de problèmes idiots à régler. Puis il me laisse faire l’imbécile avec une liberté réjouissante.

Cette simplicité fait sa force autant que sa limite. Pendant deux à quatre heures, j’ai pris plaisir à traverser les Grombi Isles en combinant traction au sol, grappin aérien et objets ramassés à distance. Le geste reste immédiatement lisible, l’univers garde un ton léger, et les quêtes savent exploiter mon corps de chewing-gum sans prétendre raconter une grande épopée. En revanche, j’ai vite atteint le plafond mécanique du concept. Completely Stretchy est un excellent jouet de mouvement, pas un platformer technique capable de renouveler sans cesse ses exigences.

Points clés

  • Le bras collant permet de se tracter, se balancer, grimper et attraper presque tout ce qui entre dans sa portée.
  • La traction au sol donne une vitesse grisante et le balancement autour des bâtiments reste le meilleur argument du jeu.
  • Les Elektros, les PNJ coincés et les objets de quête donnent un prétexte efficace à l’exploration.
  • La progression mécanique demeure très mince, sans arbre de compétences ni nouvelles variantes qui changent vraiment la façon de jouer.
  • À environ 16,73 € au lancement sur PC, son contenu de deux à quatre heures me paraît plus convaincant en promotion.

Un accident de laboratoire qui devient un terrain de jeu

Le point de départ pose immédiatement le ton. Un incident dans une usine d’Elektros laisse mon personnage avec un corps bleu, extensible et poisseux. Voilà toute la justification nécessaire à un monde où je peux expédier mon bras sur une façade, tirer dessus comme sur un élastique, puis décoller au-dessus d’une rue.

J’apprécie ce refus de surcharger le décor. Completely Stretchy n’encombre pas sa boucle avec un arsenal, des combats complexes ou une avalanche de systèmes. Je regarde une surface, j’envoie mon bras, je décide de maintenir l’adhérence ou de relâcher au bon moment. Cette grammaire de mouvement se comprend en quelques minutes. Elle crée pourtant assez de possibilités pour que je choisisse constamment entre filer droit, prendre de la hauteur ou improviser une trajectoire plus large.

Le plaisir naît surtout de la combinaison entre la traction et le swing. En frappant le sol devant moi avec le bras, je m’aspire vers l’avant et je gagne une vitesse très satisfaisante. Dès qu’un immeuble, une enseigne ou un rebord se présente, j’accroche ma main au décor et je convertis cette vitesse en arc aérien. Enchaîner les deux actions donne à la ville un rythme de parcours que j’ai trouvé franchement grisant.

Le monorail résume bien ce que Completely Stretchy réussit. M’accrocher à son flanc, rester suspendu pendant le trajet, puis lâcher pour aller chercher un toit voisin procure cette sensation de liberté que le jeu poursuit du début à la fin. Il ne me demande pas d’exécuter une chorégraphie rigide. Il récompense plutôt l’envie de voir jusqu’où mon bras peut m’emmener.

Le grappin est amusant, mais il n’a pas la précision d’un outil de virtuose

J’ai pris beaucoup de plaisir à circuler sans suivre l’itinéraire le plus propre. Completely Stretchy reste généreux avec ses surfaces attrapables, ce qui évite les longues séquences où je cherche désespérément un point d’accroche. Quand je rate un saut ou que je perds mon élan, le jeu ne transforme pas l’erreur en punition lourde. Je repars vite, je tente une autre prise, je poursuis ma route.

Screenshot from Completely Stretchy
Screenshot from Completely Stretchy

Cette souplesse a toutefois un prix. Dès que je veux tracer une ligne précise entre deux toits ou optimiser un enchaînement rapide, la portée du bras manque parfois de lisibilité. À la limite de la distance utile, je ne peux pas toujours anticiper avec assez de certitude si mon personnage va s’agripper ou tomber court. Dans une aventure cosy, cela reste une petite contrariété. Dans un jeu bâti sur la maîtrise pure du déplacement, ce flou pèserait beaucoup plus lourd.

Le souci majeur est ailleurs. Le bras ne se transforme jamais vraiment. J’aurais aimé voir apparaître une seconde prise, un jeu de relâchement plus exigeant, des défis qui imposent des trajectoires serrées ou des parcours conçus pour pousser le système dans ses retranchements. À la place, Completely Stretchy me laisse principalement répéter le même triptyque : tirer, attraper, me balancer.

Cette boucle reste bonne. Elle manque simplement de relief sur la durée. J’ai continué à me déplacer avec plaisir, mais je n’ai jamais senti que le jeu me demandait d’apprendre une nouvelle façon de le dompter. Les joueurs qui cherchent un plafond de maîtrise élevé risquent de le toucher bien avant la fin des collectibles.

Ramasser, secourir et bricoler des quêtes volontairement idiotes

Les quêtes servent surtout à donner une destination à mes cabrioles. Je ramasse des Elektros disséminés dans les zones, je les apporte à la machine centrale, je récupère des objets coincés hors de portée et je déplace des personnages bloqués dans des situations absurdes. Cette structure n’a rien de profond, mais elle comprend très bien l’intérêt de son propre système physique.

Attraper un objet distant avec mon bras donne une fonction concrète au grappin hors des déplacements. Porter un PNJ pour le sortir d’un mauvais pas crée des scènes plus drôles que compliquées. Les créatures étranges et les petites demandes loufoques prolongent naturellement l’ambiance de l’accident industriel qui a déformé mon personnage. Le jeu garde le sourire sans se fatiguer à justifier chaque absurdité.

Je n’ai pourtant jamais vu ces missions dépasser leur rôle de prétexte. Elles ne construisent pas une histoire mémorable, ne font pas évoluer les personnages de façon marquante et ne bouleversent pas l’exploration. Elles m’orientent vers un quartier, un toit ou un objet, puis me laissent profiter du trajet. Completely Stretchy fonctionne donc mieux comme bac à sable comique miniature que comme aventure à quêtes ambitieuse.

Screenshot from Completely Stretchy
Screenshot from Completely Stretchy

Une aventure courte dont le prix compte beaucoup

Sorti sur PC le 12 décembre 2024, Completely Stretchy affiche une durée de vie qui tourne autour de deux à quatre heures selon la place accordée à l’exploration et aux collectibles. Cette durée me paraît cohérente avec son format. Le jeu a une bonne idée, l’exploite avec énergie, puis s’arrête avant de devenir franchement pénible. J’aurais tout de même préféré quelques situations de fin plus ambitieuses pour laisser une dernière impression mécanique forte.

Son tarif de lancement, autour de 16,73 €, me pousse à être plus sévère. Je peux défendre ce prix pour quelqu’un qui adore les jeux courts, les univers décalés et le plaisir immédiat du mouvement. Pour tous les autres, une réduction rend le rapport durée-prix bien plus confortable. Le contenu ne justifie pas un achat motivé par la recherche d’un long jeu d’exploration ou d’un platformer à rejouer pendant des dizaines d’heures.

Je déconseille aussi Completely Stretchy aux joueurs sensibles aux nausées liées aux déplacements rapides en vue subjective. Les accélérations, les balancements et les changements de hauteur ne laissent jamais beaucoup de répit. Cette énergie fait partie de son charme, mais elle peut devenir éprouvante pour un public concerné.

À qui Completely Stretchy convient vraiment

  • Je le recommande aux joueurs qui veulent une aventure courte, drôle et sans pression, centrée sur une mécanique de déplacement immédiatement satisfaisante.
  • Je le recommande aussi à ceux qui aiment explorer chaque recoin d’une petite zone pour récupérer des objets, atteindre un toit improbable ou simplement améliorer leur trajet.
  • Je le déconseille aux amateurs de platformers exigeants, de speedrun rigoureux et de systèmes de mouvement qui gagnent constamment en complexité.
  • Je conseille d’attendre une promotion si la durée de vie et la rejouabilité comptent autant que le plaisir du premier parcours.

Verdict

Completely Stretchy trouve sa personnalité dans un concept très simple qu’il exécute avec une vraie légèreté. J’ai aimé transformer les rues, les bâtiments et les véhicules en points d’accroche, puis utiliser mon corps élastique pour tracer mes propres raccourcis. Le jeu comprend que son bras collant est son héros et il le place au centre de chaque activité utile.

Je retiens aussi ses limites. Le grappin reste accessible plutôt que pointu, les quêtes servent surtout à alimenter la promenade, et la mécanique n’évolue pas assez pour soutenir une forte rejouabilité. Pourtant, sur sa courte durée, cette petite odyssée bleue garde une fraîcheur que beaucoup de jeux plus gros perdent à force d’en faire trop.

Ma note : 7/10.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *